Un TEDxSaclay tout en résilience et en reliance
Créé le 10/07/2026
Modifié le 10/07/2026
Entretien avec Christian Van Gysel, cofondateur de TEDxSaclay
Suite de nos échos à la 11e édition du TEDxSaclay, qui s’est tenue le 24 juin dernier à l’INSTN, sur le thème des « Transitions, un monde à réinventer » avec, cette fois, le témoignage du cofondateur de ce rendez-vous phare de l’écosystème Paris-Saclay.
- Cette année, TEDxSaclay a donc choisi de traiter des transitions. Mais il s’agissait moins des transitions au sens où on l’entend ordinairement – la transition énergétique, numérique ou écologique – que de transitions « internes » au sens où la plupart des speakers témoignaient des métamorphoses personnelles qu’ils ont été amenés à vivre d’une façon ou d’une autre, au cours de leur parcours de vie.
Christian Van Gysel : C’est vrai ! C’est le cas notamment de Vincent Valinducq, ancien docker devenu médecin, qui s’est retrouvé à devenir « aidant », auprès de sa propre mère. Un cas intéressant dans la mesure où il éclairait en réalité la situation à laquelle beaucoup plus de personnes qu’on ne le pense sont confrontées. Voyez le nombre de bras qui se sont d’ailleurs levés quand Assya, à l’issue du talk de Vincent, a demandé qui, parmi le public, était aidant.e ou en contact avec un.e aidant.e. C’est à peine si 90% des personnes présentes dans la salle n’ont pas levé la main. Le témoignage personnel de Vincent révélait donc en réalité un phénomène qui a gagné en ampleur. On est bien en cela en présence d’une transition vers quelque chose que d’aucuns appellent la silver economy mais qui ne saurait se réduire à cela. Les causes en sont connues à commencer par le vieillissement de la population, le fait que des personnes vivent plus longtemps mais pas forcément en meilleure santé ; sont de plus en plus sujettes à des maladies neurodégénératives. Des évolutions qui vont exiger des efforts accrus de toute la société. Pour l’heure, en l’absence de dispositifs adaptés, ces efforts reposent sur les proches eux-mêmes, le ou la conjoint.e et/ou les enfants. Le risque est que ce rôle soit de plus en plus assumé par des personnes arrivant elles-mêmes à l’âge de la retraite et, donc, pas forcément armées pour faire face à cette situation.
- Une transition invisible, en somme, sur laquelle le speaker a su mettre des mots, au-delà du seul témoignage personnel. Non sans, et c’est ce qui a fait sans doute la force de son talk, mettre aussi en évidence les aspects positifs de ce rôle d’aidant, à commencer par la possibilité de renouer avec le sens de l’entraide, de renforcer la « reliance » avec les autres membres de sa propre famille : son père et son frère, en l’occurrence, qui ont été tout aussi impliqués dans l’aidance de la mère – atteinte, précisons-le, de la maladie d’Alzheimer.
C.V.G. : Ce qu’il a su bien mettre aussi en évidence, c’est que l’aidance est un enjeu de société. Le fait est, si une proportion importante de la population est concernée, cela ne peut plus être traité comme un sujet marginal. Tout ne peut plus reposer sur la seule responsabilité individuelle ou familiale ; les aidants ont eux aussi besoin d’être aidés, accompagnés, et c’est ce qu’a su très bien rappeler Vincent. Lui-même a pu solliciter l’aide d’une psychologue et d’une auxiliaire. Mais encore faut-il que les personnes concernées admettent le besoin d’une assistance extérieure. Comme Vincent l’a dit, son propre père a mis du temps avant de consentir à en solliciter une. Il ne concevait pas qu’une tierce personne l’aide à aider l’être qui lui était le plus cher en dehors de ses enfants. À cet égard, la métaphore que Vincent a utilisée était parlante – je veux parler de celle des consignes qu’on donne dans un avion qui s’apprête à décoller, à propos du masque à oxygène à porter en cas de dépressurisation : ce n’est qu’une fois qu’on s’est assuré de l’avoir bien mis qu’on peut aider éventuellement son voisin à bien le mettre. Autrement dit, on ne peut prétendre aider autrui si on ne commence pas par prendre soin de soi. Le père aurait fini par s’épuiser s’il n’avait consenti à se faire lui-même aider. Au final, ce sont ses deux fils qui se seraient retrouvés à l’aider, lui, en plus de leur mère.
- Une illustration du fait que les « transitions » procèdent aussi par des métamorphoses personnelles qui se font elles-mêmes par le truchement de tierces personnes. De sorte que l’individuel a à voir avec le collectif sinon le relationnel. Ce qu’un autre speaker, Antoine de Jubecourt, sut illustrer à sa manière en montrant comment nos écogestes, apparemment dérisoires, peuvent, ajoutés à ceux des autres, finir par avoir un impact à l’échelle de la société...
C.V.G. : Ce qui rejoint une de mes convictions : si, individuellement, on peut déjà faire beaucoup, on ne le fera jamais qu’à notre niveau. Nos actions individuelles, il s’agit donc de les amplifier en s’associant à d’autres. C’est comme cela que peut naître une dynamique collective aux effets forcément plus puissants. Naturellement, l’État a aussi un rôle à jouer. Grâce à ses propres leviers d’action, il peut aider à démultiplier la portée des initiatives individuelles sinon locales. Ce qui suppose néanmoins de s’inscrire dans une logique bottom up plutôt que top down, à reconnaître et encourager ce que font les gens plutôt qu’à leur dire ce qu’ils doivent faire. Ce qui suppose encore de se donner les moyens de capter ce qui se passe dans la société, sur les territoires. Charge ensuite à l’État d’encourager, d’aider les initiatives en évitant de les étouffer sous le poids des normes, des réglementations…
- Je pourrais vous faire commenter chaque talk, mais le format de cet entretien ne se prête pas à un tour complet. Si vous deviez tirer un enseignement plus transversal de cette édition, limitée, notons-le au passage, à huit speakers, quel serait-il ? D’ailleurs, pourquoi cette limitation à huit speakers ?
C.V.G. : C’est le fruit de choix internes mais aussi de contraintes externes – nous devions clore la soirée plus tôt qu’à l’ordinaire…
- C’est l’occasion de rappeler que cette édition se déroulait dans un nouveau lieu, l’INSTN (Institut national des sciences et techniques nucléaires). Comment s’est fait ce choix ?
C.V.G. : Autant répondre en toute transparence : comme d’autres, nous avons pâti cette année d’une réduction des subventions. Résultat, cette année, la location de l’auditorium de Châteauform’, où nous avons organisé les trois précédentes éditions de TEDxSaclay, était au-dessus de nos moyens. Mais comme souvent, la contrainte s’est révélée être une voire plusieurs opportunités : celle de renouer avec notre itinérance, de découvrir et faire découvrir un autre lieu de l’écosystème, l’INSTN en l’occurrence : un lieu incroyable, qu’on a pu occuper dans sa quasi-totalité avec son auditorium et ses différentes salles pour les besoins du Village Innovation, des tables rondes organisées en amont, sans oublier notre QG. Que dire de l’équipe de l’INSTN, qui, en plus de nous avoir réservé un bon accueil, a assuré au plan technique. Le moindre souci, le problème rencontré – quelque chose au demeurant d’inévitable quand on organise un tel événement – ont pu être réglés dans la sérénité. Ajoutons que le site a aussi l’avantage aussi d’être accessible en voiture, depuis la N118, ou en bus en site propre. D’ici la fin de l’année, il le sera même par la ligne 18. À travers l’INSTN, c’est avec le plateau de Saclay que nous renouions aussi. J’ajoute encore que cette édition a été également l’occasion de renouer avec l’hôtel Novotel de Saclay, tout proche, qui a compté, comme vous le savez, parmi nos tout premiers partenaires.
- Je m’en souviens ! J’en avais même interviewé le directeur de l’époque... Cela étant dit, qui aurait pu penser faire un événement dans un tel lieu ? Rappelons que l’INSTN se trouve sur le site du CEA qui, jusqu’à une période récente, soumettait ses visiteurs à un contrôle drastique...
C.V.G. : Quel changement en effet ! Une partie du site est désormais accessible : on peut s’y rendre sans plus avoir à se soumettre à des contrôles d’agents de sécurité… Plusieurs bâtiments, dont l’INSTN, sont désormais ouverts sur l’extérieur.
- Un mot sur la canicule qui a fait peser le risque d’une annulation...
C.V.G. : Effectivement ! Sachant que ce n’est pas la première fois que nous sommes confrontés à des événements exceptionnels ayant manqué de peu de nous contraindre à annuler ou reporter notre édition. Souvenez-vous : en 2017, ce fut des chutes de neige qui bloquèrent la circulation ; en 2020, la crise sanitaire qui nous a contraint à reporter l’édition six mois plus tard ; en 2024, ce fut le couvre-feu décrété suite aux émeutes urbaines qui, cette fois, nous a obligés d’avancer de deux heures le démarrage de l’édition pour finir impérativement à 20 h. La canicule, c’est une première ! Heureusement, nous avons échappé à l’arrêté préfectoral. Nous avons quand même enregistré des désistements de personnes qui venaient de plus ou moins loin. Pourtant, le lieu était bien climatisé de sorte que les personnes présentes – plus de 300 – n’ont finalement pas regretté d’avoir bravé la chaleur extérieure pour venir jusqu’ici.
- Et puis le contexte n’en a rendu le thème de cette année que plus d’actualité... Il est à craindre qu’avec celui de l’année prochaine, annoncé par Assya à l’issue de l’édition - Résilience et Reliance – on reste encore dans une actualité brûlante...
C.V.G. : Force est de se rendre à l’évidence : la course à la performance conduit à des solutions technologiques qui se révèlent en réalité fragiles. Or, on continue à vouloir construire une société ultraperformante avec des technologies toujours plus sophistiquées et donc fragiles. Tant que cela fonctionne, on se dit que c’est l’avenir. Mais comment ces technologies pourront-elles faire face à des chocs externes comme ceux que nous connaissons de plus en plus sous l’effet notamment du changement climatique ? C’est là que la résilience et la reliance s’imposent comme des vertus à cultiver. Ce qui a toujours fait la force de l’être humain, c’est le fait qu’il soit foncièrement un être social. D’ailleurs, la pire punition qu’on pouvait lui infliger, ce n’était pas tant la peine de mort que le bannissement, l’exil. Une peine qui s’éprouvait à chaque instant. Hors de sa société, le banni, l’exilé, était exposé à tous les dangers. Quelque chose de difficile à imaginer tant les individus paraissent désormais interconnectés grâce aux technologies de communication et les moyens de transport. Au point d’être exposés à d’autres risques, liés à des chocs externes. C’est dire si, dans ce contexte, la reliance doit aller de pair avec des formes de résilience. Si, maintenant, vous me demandiez ce qui, concrètement, incarne le mieux à mes yeux ce couple, résilience et reliance, ce serait l’Europe !
- Expliquez-vous...
C. V. G. : Oui, l’Europe, car ce vieux continent a quand même réussi à survivre aux pires atrocités, à plusieurs Guerres mondiales, non pas en étant oublieuse de son passé mais, au contraire, en en entretenant le souvenir à travers diverses commémorations, pour ne plus le revivre. L’Europe a su jouer sur les différences de culture, d’histoire, pour construire une communauté de nations. Des pays qui n’ont eu de cesse de se faire la guerre travaillent désormais de concert, même si ce n’est pas sans difficultés, à un projet unique au monde, l’Union européenne. Ce faisant, elle est bien la preuve que la résilience rime avec relian
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