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Transitions

Des transitions… intérieures

Créé le 10/07/2026

Modifié le 10/07/2026

Entretien avec Assya Van Gysel, cofondatrice de TEDxSaclay

Le 24 juin dernier avait lieu la 11e édition du TEDxSaclay, sur le thème des « Transitions, un monde à réinventer ». Nous y étions avec plus de 300 personnes qui avaient bravé la canicule. Et nous ne regrettons pas tant ce millésime s’est révélé à nos yeux parmi les meilleurs. En voici un premier écho avec celle qu’on ne présente plus.

- Nous réalisons cet entretien à l’issue de la 11e édition de TEDxSaclay. Pour commencer, pouvez-vous revenir sur le choix du thème et de son intitulé ?

Assya Van Gysel :  Le thème des transitions s’est naturellement imposé. Mais très vite, je me suis dit que si je mentionnais seulement le mot « transitions », les gens penseraient aussitôt à « transition énergétique » ou « numérique ». En ajoutant « Un monde à réinventer », il m’a semblé que cela ouvrait sur bien d’autres domaines possibles, y compris les plus inattendus. Et justement, ce qui a fait semble-t-il la réussite de cette édition, c’est qu’elle a su surprendre en couvrant un plus large spectre de sujets qu’au cours des précédentes éditions, bien que dans le même temps le nombre de speakers ait été réduit à huit au lieu d’une dizaine. Or, justement, « être surpris », c’est ce que des personnes m’ont dit attendre de TEDxSaclay. Et surpris, on l’a de fait été beaucoup cette année. Voyez le talk de Frédéric Revol qui s’est lancé dans la production de whisky. De prime abord, on ne voit pas le rapport avec les transitions. Et pourtant…

- De « transition », il était bien question, mais c’était d’une transition intérieure, d’une métamorphose en somme, qu’il a témoigné...

A.V.G. : En effet ! Il s’est moins agi pour lui de nous parler du whisky, de nous dire en quoi sa production était bio, que de raconter son propre parcours et comment celui-ci lui a permis de développer une sensibilité au vivant. Ce qui, personnellement, m’a beaucoup touchée !

- Son propos sur le vivant m’a d’autant plus intéressé qu’il rentrait en résonance avec les écrits du philosophe Baptiste Morizot sans que je sache que ce speaker le connaissait personnellement pour le fréquenter dans le cadre d’une association, ainsi qu’il me l’a confié à l’issue de son talk. Ceux qui connaissent mon admiration pour ce philosophe imaginent ma surprise et combien cela m’a rendu le speaker d’autant plus admirable !

A. V. G. : En toute humilité, il avait candidaté à l’appel à idées. Il fait indéniablement partie des out of the box, comme on dit en anglais : de ces speakers inattendus, qui nous font découvrir une autre manière d’illustrer la thématique, à partir d’un exemple improbable, le whisky, donc. Mais en cela, il était bien dans l’esprit du TEDxSaclay. Tout comme la journaliste Juliette Duquesne, qui s’est pourtant livrée à une défense et illustration de l’anarchisme. Non seulement, elle nous a montré que ce dernier n’est pas forcément synonyme de chaos, mais encore elle a illustré comment il pouvait s’incarner dans des expériences locales dont on comprend très bien qu’elles participent à des formes de transitions vers d’autres manières de produire, de consommer, de cohabiter, mais aussi de s’engager. On touche là au passage à une autre mission possible de TEDxSaclay : tordre le coup à des idées reçues !

- J’ai été tout aussi surpris que vous et ai écouté cette speaker avec d’autant plus d’intérêt qu’elle n’est manifestement pas une idéologue : elle cherche juste à partager ses convictions en rendant compte d’expériences concrètes qui valent tous les discours. Nous pourrions passer en revue tous les autres speakers tant ils ont été passionnants, sauf que le format de cet entretien sur le vif ne permet pas cette exhaustivité. Quelle autre particularité de cette édition voudriez-vous mettre en avant ?

A. V. G. : Le défi que nous avons dû relever ! Contrairement aux éditions précédentes, nous avons dû en effet tout organiser au cours de la même journée, y compris l’installation du matériel. Car nous avions pour contrainte de devoir faire sortir le public à 20 h 30 au plus tard ; nous avons donc dû aussi organiser les dernières répétitions plus tôt. Finalement, tout s’est bien déroulé, de bout en bout…

- Malgré, faut-il le préciser, la canicule qui sévissait encore ce jour-là...

A.V.G. : En effet, elle ne nous aura pas facilité la tâche au point d’ailleurs que je me suis demandée si l’équipe allait pouvoir tenir. Une fois encore, elle a su faire face. Je dis « une fois encore » parce que, par le passé, c’est d’autres épreuves qu’elle a dû affronter : une chute de neige qui a rendu l’accès au lieu plus difficile – édition 2017 -, le Covid-19, qui nous a obligé à reporter l’édition – en 2020 -, un couvre-feu, suite à des émeutes urbaines, qui nous a contraints à avancer le début de la conférence, en dernière minute – en 2024.

- Même si la canicule en a dissuadé plus d’un de venir, plusieurs centaines des personnes inscrites ont répondu présent...

A.V. G. : En fait, ce  que je redoutais le plus, ce n’est pas tant les désistements que le décret préfectoral interdisant la tenue de l’événement. Je pense que cela aurait découragé l’équipe, qui, faut-il le rappeler, s’investit plusieurs mois dans la préparation de l’événement. Durant la crise sanitaire de 2020, nous avions pu nous préparer psychologiquement à l’annulation de l’édition et encore, elle n’avait pas été à proprement parler annulée, juste reportée de six mois. Cette fois, le risque était de l’annuler le jour-même… Dans cette éventualité, il aurait été plus difficile de rebondir.

- Cela étant dit, le thème n’en devenait que plus d’une actualité brûlante, si je puis dire...

A.V.G. : En effet, on a pu éprouver la nécessité de réelles transitions, collectives et individuelles, locales et mondiales !

- Le thème de l’année prochaine, « Résilience et Reliance », me semble rester dans la continuité... Comment vous est-il venu ?

A.V.G. : C’est comme à chaque fois une affaire d’intuition… La première notion à s’être imposée, c’est la reliance. C’était au cours du mois d’avril [ 2026 ] : le Centre Theilard de Chardin m’avait invitée à faire une conférence sur le féminin sacré et ma vision du leadership des femmes. J’ai associé celui-ci à une qualité d’énergie ayant à voir justement avec la reliance. Loin de se laisser dicter par des considérations financières, budgétaires, le leadership au féminin va chercher à capitaliser sur la capacité d’un collectif à impulser une dynamique en suscitant de la reliance, justement. Le propre du leadership au féminin, c’est aussi de se garder de s’inscrire dans une vision pyramidale comme incline à le faire l’autorité patriarcale. Il fait davantage confiance aux gens. Ce n’est d’ailleurs pas autrement que j’envisage l’organisation de TEDxSaclay : chacun sait ce qu’il a à faire de sorte qu’au final les choses se font sans friction. Ce qui n’a pas d’ailleurs manqué d’impressionner le responsable de l’auditorium où se tenait cette édition 2026 de TEDxSaclay. De fait, et comme vous le savez, chacun des membres de notre équipe – des bénévoles pour la plupart – fait profiter de ses compétences : dans l’animation d’une équipe, pour l’un, la scénographie ou le coaching pour un autre, etc. Et chacun est reconnu dans sa compétence. Le leadership au féminin n’a pas d’autre prétention que de révéler les compétences de chacun mais aussi du collectif, car, bien évidemment, les compétences de celui-ci sont supérieures à la somme des compétences individuelles.

- N’est-ce pas d’ailleurs ce qui concourt à la résilience de TEDxSaclay ?

A.V.G. : Si bien sûr. Reliance et résilience sont liées. Il reste que la seconde, la résilience, paraît un peu plus connue que la reliance, un mot qui n’existerait pas, m’a-t-on dit, en français…

- Pourtant, je la vois sous la plume de nombre de théoriciens ou patriciens...

A.V.G. : Toujours est-il que c’est sur une suggestion d’un de nos bénévoles que j’en suis venue à la résilience. La période que nous vivons en fait une vertu cardinale : nul doute que face aux défis que nous devons affronter, il va nous falloir en faire preuve. Et quand je dis « nous », je pense aussi à TEDxSaclay qui a été cette année confrontée à une baisse de subventions – laquelle n’est pas forcément liée à des coupes budgétaires mais à la démultiplication d’événements et d’initiatives de l’écosystème de Paris-Saclay. Il nous faut donc prospecter, identifier de nouveaux partenaires. Je profite d’ailleurs de cet entretien pour lancer un appel ! [ Rire ]. Heureusement, plusieurs nous suivent depuis le début, c’est-à-dire l’année 2015. Hors de question pour moi de renoncer à une édition ! Cela risquerait de démobiliser l’équipe. Finalement, nous avons fait mieux que survivre, nous nous sommes renouvelés en  créant d’autres événements, le dernier en date étant TEDxWomen Saclay. À notre façon, au travers de ces différents événements, nous concourrons à révéler la communauté Paris-Saclay – en cela, nous faisons donc aussi de la reliance !

- Reste que la résilience, pour en revenir à elle, est souvent présentée comme une vertu individuelle. Si, donc, cette édition a été intéressante, c’est aussi parce que la plupart des talks ont témoigné de sa dimension collective...

A.V.G. : Le fait est, la résilience peut caractériser tout un système, tout une société, tout une économie… C’est en cela qu’elle a à voir avec la reliance, car tout est lié.

- Un mot sur le lieu où s’est déroulée cette édition : l’INSTN [ Institut national des sciences et techniques nucléaires ] dont le choix a permis, notons-le au passage, de renouer avec cette itinérance qui était une autre caractéristique de l’événement...

A.V.G. : En effet, les trois précédentes éditions ont eu lieu à Massy, au Châteauform’, le Palais des Congrès Paris-Saclay. Nous avons eu l’opportunité d’organiser cette édition 2026, TEDxSaclay, dans ce centre de recherche du CEA et de revenir par la même occasion sur le plateau. Je tiens à remercier cet institut pour son accueil et l’implication de sa propre équipe.

Sylvain Allemand
Sylvain Allemand

Journaliste

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