PodTaf, le média qui te fait aussi aimer ton lundi
Créé le 16/10/2026
Modifié le 16/10/2026
Rencontre avec Laura Barçon Bensimon et Sara Tessier
Faire découvrir des métiers à travers des témoignages en forme de podcasts, telle est la vocation de PodTaf, un site web conçu par deux Vauhallanaises qui se sont par la même occasion inventé un nouveau métier après plusieurs années d’expériences professionnelles en entreprise ou en tant qu’auto-entrepreneures. Neuf mois à peine après la création de leur site – au moment de l’entretien-, elles rayonnent déjà à l’échelle de l’écosystème Paris-Saclay et même au-delà, sollicitées notamment par des organismes de recherche désireux de faire connaître le travail de leurs chercheurs. En attendant de vous prêter un jour à l’exercice avec elles, voici les réponses qu’elles ont bien voulu apporter à nos questions.
- Si, pour commencer, vous deviez caractériser PodTaf, comment vous y prendriez-vous ?
Laura : C’est un podcast aide à mieux comprendre pourquoi on peut aimer de se lever lundi matin pour se rendre à son lieu de travail, au travers de témoignages d’hommes et de femmes qui ont du plaisir à exercer leur métier.
Sara : C’est donc un média qui se veut à la fois instructif – on y découvre des métiers, des disciplines, des champs de recherche – et ludique. Il ouvre des portes sur des univers professionnels dont on ne soupçonne pas forcément la richesse et des passions qu’ils peuvent nourrir tout en fourmillant d’anecdotes amusantes.
- Concrètement, PodTaf le fait à travers des témoignages de personnes très diverses, qui expliquent leur métier et, surtout, le plaisir qu’elles ont à l’exercer... Laura : En effet, et au-delà de leur métier, il s’agit de rendre compte du parcours de ces personnes, ce qui les ont amenées à l’exercer. Des parcours pas toujours simples, autant le dire. Mais c’est aussi l’intérêt de leurs témoignages que de ne rien cacher des difficultés rencontrées. Cela étant dit, nous ne consacrons nos podcasts qu’à des gens passionnés et, donc, passionnants !
Laura : En cela, ils répondent à cette interrogation que Sara et moi avions et qui est en somme à l’origine de PodTaf : mais qui sont donc ces gens qui aiment se lever le lundi matin pour aller à leur travail ! À notre grande surprise, il y en avait bien plus que nous l’imaginions. Or, nous, au cours de nos carrières respectives, nous étions loin d’aimer tant que ça le lundi matin ! C’est donc en tentant de comprendre pourquoi il y en allait autrement pour beaucoup d’autres, que nous en sommes venues par la même occasion à faire découvrir, et à découvrir nous-mêmes, des métiers, des univers professionnels pour beaucoup méconnus.
- Des personnes, dites-vous, sont plus nombreuses qu’on ne le croit, à aimer se lever le lundi matin pour se rendre à leur travail. Cela paraît quand même contre-intuitif par les temps qui courent. Il suffit d’écouter les médias, même sérieux, pour avoir le sentiment d’un désintérêt pour le « travail », a fortiori en entreprise... Ces personnes qui aiment le lundi matin ne seraient-elles pas dans une forme de déni ?
Laura : Non, non, il y a vraiment des gens qui aiment leur lundi matin ! Sauf que les médias sont enclins à montrer d’abord ce qui ne va pas, à nourrir les controverses… C’est dommage, car ce que nous constatons, c’est souvent l’inverse.
Sara : C’est vrai, notre constat va à contrecourant de ce qu’on entend d’ordinaire : des récits de burnout dont le nombre exploserait, une génération Z qui n’aspirerait plus à faire carrière. Il est vrai aussi que tout semble concourir à rendre le monde du travail anxiogène, avec ses menaces de licenciements, de délocalisations… Et pourtant, autour de chez nous, dans les centres de R&D, les centres de recherche, etc., il se passe des choses incroyables ! Il existe même des entreprises qui œuvrent pour le bien-être de leurs employés !
Laura : En effet, au risque de vous surprendre, nous avons découvert beaucoup d’entreprises bienveillantes envers leurs employés au point que nous pourrions être parfois tentées de quitter notre nouveau statut d’entrepreneure pour y postuler [rire]. Il est vrai aussi que nous sommes dans un environnement particulièrement favorable, le plateau de Saclay, où il fait aussi bon vivre : malgré l’urbanisation en cours, y subsistent des zones naturelles, agricoles et forestières, des villages, etc., alors que nous ne sommes qu’à une vingtaine de km de Paris à vol d’oiseau. Sara et moi pouvons en parler en connaissance de cause : nous y travaillons aujourd’hui, nous y avons même travaillé avant la création de PodTaf. Beaucoup de nos proches et amis y travaillent aussi et peuvent en témoigner tout autant que nous : ici, le cadre de vie est plutôt agréable, ce qui joue sans doute dans la manière de vivre son métier.
- Qu’avez-vous fait avant de vous lancer dans la création de PodTaf ?
Sara : Après une école de commerce, j’ai travaillé dans le conseil. Mon bureau se trouvait dans la plus grande tour de La Défense. Un jour, je me suis dit : j’arrête ! Je n’en pouvais tout simplement plus de devoir emprunter chaque jour le RER. J’ai posé ma démission. Plutôt que de chercher un nouvel emploi salarié, j’ai monté des ateliers d’origami en Ehpad… J’aurais pu continuer ainsi jusqu’à ce que survienne la crise sanitaire liée au Covid-10. Souvenez-vous, les Ehpad ont été les premiers établissements à être interdits d’accès au public extérieur… Mon business model s’est effondré… Avant PodTaf, j’avais repris un travail salarié dans le domaine de la communication : il s’agissait de générer une communauté, la fédérer sur une plateforme. Une expérience qui m’a été bien utile par la suite.
Laura : Durant toutes mes études, je n’ai jamais su ce que je voulais faire. Je suis ainsi allée qu’à un master Commerce International, avec une idée en tête : ne jamais faire un métier, assise derrière un bureau. Mais une fois ce master en poche, je ne savais toujours pas dans quel domaine travailler. Qu’à cela ne tienne, je suis partie, sac au dos, faire un tour du monde ! C’était en 2012. À mon retour, j’ai commencé à enchaîner les jobs, dans le domaine commercial principalement – il me fallait bien gagner ma vie. Seulement, à chaque fois, au bout de deux-trois ans, je finissais par m’ennuyer. Jusqu’au jour où je me suis décidée à me lancer à mon compte, déjà, dans l’immobilier. Me voilà ainsi à faire des visites. Nous étions en 2020, l’année du Covid-19… Fini les visites. Or, le contact humain est à la source même du métier. Et puis salaire à la baisse, devoir garder les enfants à la maison… Que faire ? Mon mari travaillait dans la restauration. Il a été directement impacté par la crise sanitaire. Dans ce contexte, je me dis qu’il allait bien falloir songer sérieusement à reprendre une activité salariée. Je m’y suis résolue, à contre-cœur… Au bout de deux-trois ans, rebelote, je commence à m’ennuyer… Le caractère routinier de mon travail ne me plaisait pas. Je ne pouvais rester dans mon bureau à attendre qu’on me dise quoi faire. Il me fallait de la créativité, pouvoir décider, prendre des initiatives… Heureusement, il y eut la rencontre avec Sara. Vous connaissez la suite… Seule, je ne me serais pas lancée dans la création d’une entreprise. À deux, en revanche, cela me rendait la démarche plus réaliste. De fait, entre nous, les choses se sont faites naturellement.
- Comment vous êtes-vous rencontrées et retrouvées autour du projet PodTaf ? Vous connaissiez-vous déjà ?
Sara : Laura et moi sommes toutes deux Vauhallanaises. Nous sommes aussi maman, ce qui est tout sauf anodin. C’est d’ailleurs par le truchement de nos enfants respectifs que nous nous sommes rencontrées : deux de nos fils avaient la même assistante maternelle, Monica – une femme incroyable ceci dit en passant, qui fait un métier exceptionnel sans lequel nous n’aurions pu disposer de tout le temps dont nous avions besoin pour mener nos vies professionnelles. Laura et moi nous sommes rencontrées dans le parc à enfants de Vauhallan, par un après-midi pluvieux et froid du mois de novembre.
Laura : C’était il y a moins d’un an !
Sara : Vauhallan étant un petit village, nous nous croisions jusqu’alors de temps à autre. Cette fois, entre une balançoire et un toboggan, nous avons commencé à échanger sur nos vies professionnelles respectives, sur le mode : « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? ». La question un peu bateau mais qui s’est révélée très pertinente. Il se trouve que nous étions chacune en pause professionnelle, après avoir mis au monde notre deuxième enfant. Ni elle ni moi n’avions forcément envie de reprendre nos carrières où nous les avions laissées. Nous aspirions à travailler autrement, à disposer aussi de plus de temps pour nos vies de famille. C’est comme cela que nous en sommes venues à nous demander s’il existait des gens qui aimaient leur lundi matin et, si oui, à quoi ils pouvaient ressembler !
- Ce n’était donc pas votre cas...
Sara : Non, autant le dire, nous ne prenions plus vraiment notre pied dans nos activités professionnelles.
Laura : Nous faisions notre travail le plus sérieusement du monde, mais sans y prendre autant de plaisir que cela. Nous ne nous voyions pas exercer nos métiers tout le reste de nos vies. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : nous adorons ce que nous faisons au point même de nous y projeter jusqu’à l’âge de la retraite ! Quelque chose que je n’avais jamais ressenti dans les jobs que j’ai occupés jusque-là.
Sara : Car, vous l’avez compris, Laura et moi, et c’est un autre de nos points communs, avons exercé pas mal de métiers différents, dans différentes entreprises.
Laura : En France mais aussi à l’international…
- Dans quels pays ?
Sara : En Angleterre, Autriche, Espagne, Mexique, Australie, Italie, pour ce qui me concerne…
Laura : J’ai pour ma part visité beaucoup de pays, notamment à l’occasion de mon tour du monde…
Sara : Trentenaires toutes les deux, nous nous sommes demandé comment occuper les trente prochaines années de nos vies actives…
Laura : Voire plus, comme il est à craindre au vu de l’évolution de notre système de retraite… [sourire].
Sara : Nous en étions là, à discuter, quand nos gamins quittant le parc, nous avons été contraintes de nous séparer, en nous promettant toutefois d’en reparler à la première occasion, autour d’une pizza, à Igny – la commune voisine. Cette occasion se présente et nous voilà à phosphorer de nouveau.
- Comment en êtes-vous venues à l’idée de réaliser des podcasts ?
Sara : Il se trouve qu’à l’époque, je suivais une formation pour en réaliser.
Laura : Pour ma part, j’ai longtemps eu le rêve d’apprendre un nouveau métier à intervalle régulier, tous les six mois, en suivant la formation requise. Rêve qui n’avait aucune chance de se réaliser : on ne peut quand même pas prétendre devenir médecin ou scientifique de haut niveau en aussi peu de temps. Et si, à défaut de pouvoir me former, je pouvais rencontrer des gens qui me parleraient de leur métier ? Cela pouvait finalement suffire à mon bonheur. C’est ainsi, au croisement de nos aspirations à toutes les deux, qu’est né PodTaf. Sachant aussi que l’envie était déjà là d’en faire notre métier et, donc, de nous mettre aussi vite que possible en mode professionnel. Nous avons d’ailleurs réfléchi très tôt à un business plan. Cependant, rien ne garantissait qu’il tiendrait la route. Les premiers mois, nous avons d’ailleurs eu des moments de doute. Au point de nous être demandées s’il ne fallait pas reprendre une activité salariée en attendant de finaliser notre projet. Bref, il y eut des hauts et des bas. Finalement, l’engouement pour notre concept a été si rapide, si fort, que nous avons pris la décision de donner une vraie chance à notre projet en nous y investissant pleinement. Certes, nous restions lucides quant au fait que ce ne serait pas simple. Après tout, personne ne crée son entreprise en étant sûr de la rendre pérenne du jour au lendemain. Le fait que de premières institutions aient manifesté un réel intérêt pour notre concept et nous aient proposé de premières prestations, forcément, cela nous a motivées. Nous avons pu mesurer à quel point être sur le plateau de Saclay, riche de ses nombreux centres de R&D et de laboratoires, était une chance. Cela nous a confortées dans l’idée d’assumer une démarche professionnelle et non plus d’amatrices.
Sara : Concrètement, en créant une société de production…
- Cela n’a pas dû être une décision facile à prendre...
Sara : Non, en effet. D’ailleurs, pour la petite anecdote, je nous revois un matin aller en banlieue pour enregistrer le témoignage d’une comédienne, Marine Maïwa – à laquelle on doit notamment le jingle de Hollywood Chewing-gum. Nous en étions encore à discuter du projet de créer une société de production, en partageant nos doutes. N’était-ce pas trop ambitieux ? Était-ce si grave si nous n’en avions pas ?
Laura : Bref, nous étions en train de revoir nos ambitions à la baisse !
Sara : Sur ces entrefaites, nous réalisons notre podcast avec cette comédienne qui est juste incroyable. Elle nous avait communiqué plein de bonnes ondes avec des sentences du genre : « Dans la vie, il ne faut pas avoir peur de toucher le fond, car on n’a plus alors d’autre possibilité que de remonter à la surface » ; « Rien n’est le fruit du hasard… », etc. Nous sommes ressorties de là plus déterminées que jamais ! Au même moment, nous recevions un email de notre premier partenaire qui se disait disposé à signer pour dix premiers épisodes ! Autant de signes qui nous ont décidées d’arrêter de douter de nous et d’aller de l’avant !
Laura : Désormais, nous savons pourquoi nous faisons ce métier : à l’issue de chaque enregistrement, nous repartons pleines d’énergie, des étoiles dans les yeux. Le fait de travailler à deux est, je le redis, un plus : cela nous permet de nous soutenir mutuellement. Quand l’une manque d’énergie, se remet à douter, l’autre est là pour lui redonner du courage. Une différence par rapport au temps où nous étions des entrepreneures en solo…
Sara : Finalement, le plus difficile n’aura pas été l’apprentissage de notre nouveau métier mais d’avoir à supporter le regard extérieur…
- Expliquez-vous...
Sara : Ce regard n’a pas été toujours bienveillant : on a pu parler de notre projet comme d’un « petit projet », petit n’étant pas forcément à prendre en son sens affectueux. On nous a demandé où nous en étions – sous-entendu : y arrivions-nous vraiment ? Je ne compte plus les fois où on m’a demandé, texto : « Ton petit podcast, il en est où ? »… Le fait que nous soyons deux femmes n’a visiblement pas aidé à rendre notre projet plus crédible…
Laura : Pourtant, nous nous y consacrons à plein temps. Ce qui ne nous a pas moins valu d’autres remarques du genre : « Ah bon, faire des podcasts, c’est ton job ? », « Des gens vous paient pour ça ? »… Ce pouvait être parfois un peu démoralisant…
Sara : Il en fut ainsi tant qu’il n’y eut pas de validation extérieure par des sponsors ou des partenaires. Heureusement, passé le stade du scepticisme, les gens finissent par prendre la mesure du projet et l’effet waouh joue enfin à plein.
Laura : Quand on pense que PodTaf n’existe que depuis neuf mois, c’est un changement plutôt encourageant !
Sara : De fait, nous avons très vite gagné en visibilité. Nous y veillons en étant présentes sur les réseaux sociaux. Nous avons enregistré pas moins de 60 000 vues par mois rien que sur notre compte Instagram. Notre site est par ailleurs de plus en plus visité.
- Car vous faites aussi cet important travail de communication...
Laura : Rien ne sert de proposer un beau produit, si on ne cherche pas à le faire connaître !
Sara : Pour autant, nous ne parions pas que sur les réseaux sociaux. Nous avons également de bons échos dans les médias classiques, y compris la presse écrite – nous avons eu la chance d’avoir déjà eu droit à un bel article dans le Nouvel Obs. Cela nous permet de nous faire connaître d’un public plus large.
Laura : Nous sommes aussi soutenues par la communauté d’agglomération, à travers notamment Destination Paris-Saclay [son office de tourisme], qui nous a consacré un article écrit par Damien Trioux, grâce auquel nous avons été contactées par le C2N [Centre de nanosciences et de nanotechnologies] du groupe CNRS. Destination Paris-Saclay a bien compris combien nous contribuions nous-mêmes, à travers des témoignages de ses acteurs, à la valorisation du territoire.
- Pour autant PodTaf n’a pas vocation à se limiter au périmètre de l’écosystème... Laura : Non. Nous avons déjà recueilli des témoignages de personnes qui travaillent ailleurs. Entre autres exemples, le luthier Sylvain Tournaire qui a son atelier au cœur de Paris.
Sara : Rappelons que nous avons la chance d’être proche de Paris, à une vingtaine de km à vol d’oiseaux.
Laura : Nous avons déjà eu des contacts un peu partout en France. Par la force des choses, nous limitons encore les déplacements en dehors du plateau et la région parisienne. Il y a déjà tant à faire ici !
Sara : Cela étant dit, nous avons réalisé un épisode avec un Québécois, Gabriel Cotté, archiviste, à distance. Quelqu’un de proprement génial !
Laura : Nous avons pu le faire, car lui-même disposait du matériel. Cela n’en a pas moins été une prouesse technique pour nous. Par ailleurs, on nous écoute dans le monde entier : outre le Québec, l’Afrique du Sud, Hong Kong, Argentine… Nos statistiques en attestent. Il faut dire aussi que nous avons de la famille dans différents pays.
- Revenons à vos premiers clients, comment les avez-vous identifiés ?
Laura : Clients ? Nous préférons parler de « partenaires » au sens où nous ne nous bornons pas à intervenir le temps d’une prestation, l’enregistrement des témoignages et leur montage. Nous contribuons à leur promotion. Et puis, nes partenaires ne viennent pas de nulle part. Ils sont le fruit d’un travail de prospection, lequel occupe une partie non négligeable de notre temps. Même si, de plus en plus, ces partenaires s’adressent directement à nous, après avoir découvert PodTaf, l’enregistrement et le montage ne sont que la partie la plus visible de notre activité.
Sara : Laura et moi sommes des personnes curieuses de nature. Vivant sur le plateau de Saclay, nous avons envie de savoir ce qui s’y passe, découvrir nos voisins en somme. Seulement, sauf à travailler dans une entreprise ou un organisme de recherche, ce n’est pas si simple. PodTaf, c’est le moyen que nous avons trouvé d’explorer notre environnement. Et nous n’en sommes pas déçues. Pas besoin d’aller à la Silicon Valley pour découvrir des choses incroyables. Il s’en passe aussi juste à côté de chez nous.
Laura : Il suffit de voir d’ailleurs les grues pour s’en convaincre. Des bâtiments y poussent presque comme des champignons. Mais jusqu’à présent, nous ne savions pas à quoi ils étaient destinés, ce qu’il s’y passait. Pour peu qu’on soit un peu curieux, on découvre alors qu’il y a des laboratoires et des centres de R&D à la pointe de la recherche et de l’innovation, des entreprises de dingue, des humains hyper smart !
- Dans quelle mesure le contexte même de Vauhallan, la commune où vous résidez, a-t-il été propice ? Après tout, ne vous offrait-elle pas l’écrin, le port d’attache d’où vous pouviez vous projeter ? Bref, y aurait-il un « effet Vauhallan » ?
Laura : Oui, je crois que l’on peut parler d’« effet Vauhallan »…
Sara : Vauhallan, c’est une communauté en soi, au sens où tout le monde se connaît. On se donne de nos nouvelles, on s’entraide.
- Une exposition y a été organisée il y a plusieurs années, qui en parlait comme d’un « carrefour du monde » en mettant en évidence le fait que nombre de ses habitants étaient issus de l’immigration européenne et d’autres continents... Bref, c’est un lieu de brassage...
Sara : Un lieu de brassage et, encore une fois, une « communauté », au sens où on y connaît ses voisins, on se dit « bonjour », on fait partie de quelque chose de plus grand, tout en gardant sa singularité. Précisons que Laura et moi sommes élues municipales, ce qui illustre au passage la force de notre engagement dans cette commune et de notre attachement pour elle. Comme indiqué, nous avons des enfants et nous avons envie qu’ils grandissent dans un cadre de vie agréable, pourvu des équipements et d’infrastructures nécessaires à leur scolarité et leurs loisirs.
Laura : Vauhallan est comme une petite bulle, que nous voulons préserver de l’influence des grandes villes qui se trouvent autour. J’assume de dire qu’en cela, Vauhallan fait un peu « village » qui entend tenir tête aux effets nuisibles d’une urbanisation rapide. Et cela marche : tout a beau changer autour, Vauhallan reste ce petit cocon qui fait qu’on apprécie tant d’y vivre. Est-ce cela qui favorise la créativité, l’envie d’entreprendre ? Je ne saurais le dire. Une chose est sûre, résider dans cette commune, apparemment à l’écart de tout, ne nous empêche pas de le faire, au contraire.
- À ce stade de notre entretien, je ne résiste pas à l’envie de vous soumettre une hypothèse que j’avance pour expliquer comment les gens parviennent à survivre tant bien que mal aux chocs informationnels qu’ils subissent au quotidien, en écoutant des médias, y compris ceux ayant pignon sur rue. Mon hypothèse est qu’ils trouvent des « zones de repli », non pas pour se couper du monde, mais pour se restaurer – dans tous les sens du terme -, se compter – prendre conscience qu’ils ne sont pas seuls à partager leur diagnostic de la situation – et créer des « alliances inédites » pour agir... Vauhallan ne serait-il pas votre zone de repli... ?
Sara : Je vous rejoins à propos des chocs informationnels : c’est un vrai défi, celui de l’infobésité. Dans ce contexte, notre volonté, c’est de proposer un média qui donne à voir des choses positives, et qui prend le temps de le faire.
Laura : Pour autant, il ne s’agit pas d’enjoliver les choses. Notre média se veut aussi réaliste : dans leur témoignage, les personnes évoquent aussi leurs difficultés. Leur vie n’a pas toujours été rose. Notre propos n’est pas de faire du buzz avec des histoires cousues de fil blanc.
Sara : C’est même tout le contraire du buzz que nous recherchons. Nos podcasts durent une demi-heure, ce qui peut paraître beaucoup. Mais c’est le minimum pour découvrir un métier, un parcours de vie.
Laura : Nous rendons compte de la manière dont des personnes vivent leur métier, avec ses aspects positifs et d’autres qui le sont moins. Mais au moins ces personnes n’hésitent-elles pas à dire ce qui va bien, à rebours de la tendance à ne dire que ce qui va mal.
Sara : Précisons que les personnes dont nous recueillons le témoignage découvrent nos questions au cours de l’enregistrement, ce qui garantit plus de spontanéité de leur part. Nous engageons une conversation comme on le ferait naturellement si on se rencontrait dans un café…
- Comme nous le faisons en ce moment pour les besoins de cet entretien, confortablement installés dans un café – celui de Gus, au pavillon Réciproque en l’occurrence !
Elles en chœur : Tout à fait !
- Ajoutons que vous prenez le temps de la conversation. Ainsi que vous me le précisiez en amont de notre entretien, vos conversations peuvent durer de 2 h 30 à 3 heures, dont vous retenez ensuite une trentaine de minutes, donc.
Laura : En effet. Ajoutons encore que nous nous en tenons pour l’heure à de l’audio, avec l’idée de permettre aux gens de mettre à profit des moments de disponibilité – comme une balade, un déplacement dans les transports en commun ou en voiture – pour écouter tranquillement nos podcasts. Voire avec leurs enfants en sollicitant davantage leur imagination que s’ils étaient devant un écran…
Sara : En fait, Laura et moi sommes attachées à la radio. Quitte à paraître un peu has-been, nous trouvons que cela reste un média magique. Quel plaisir d’entendre une voix radiophonique ! Certes, des vidéos peuvent procurer des émotions, mais la radio en procure aussi, d’une autre nature, et souvent plus grandes.
Laura : Gardons-nous pour autant de nous fermer à toute éventualité. La demande du marché, j’ose prononcer ce mot, évolue et il nous faut aussi savoir nous y adapter. Le fait est, certains de nos clients sont demandeurs de podcasts vidéo. Nous y allons mais à reculons. Nous réalisons de petits formats, juste pour les besoins des réseaux sociaux. Mais si nos clients insistaient pour donner davantage à voir les visages de leurs salariés, leur environnement professionnel, qui sait, peut-être finirons-nous par en proposer en plus grand format.
- Si je résume, PodTaf, c’est donc une démarche entrepreneuriale qui ne s’interdit pas d’expérimenter, de tester...
Laura : Il n’y a pas un jour sans que Sara et moi nous brainstormions, sans que nous nous demandions comment faire évoluer notre concept, quelle autre piste explorer. Et c’est en cela que PodTaf est une aventure passionnante.
Sara : Il y a en cela quelque chose d’organique dans la démarche PodTaf. Jusqu’où cela va-t-il nous conduire ? Nous l’ignorons, mais nous y allons ! Avec le sentiment d’avoir de la chance.
Laura : Beaucoup de chance ! Il n’y a plus de doute possible : nous faisons désormais bel et bien partie de ces personnes qui aiment leur lundi matin !
Journaliste
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