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Science & Culture

Sous tous les climats

Créé le 19/05/2026

Modifié le 19/05/2026

Entretien avec Nada Caud, responsable de communication du Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE)

Ses chercheurs traitent de sujets en rapport direct avec le climat et l’environnement. C’est dire si le LSCE, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est au cœur des enjeux actuels, aussi bien planétaires que sociétaux. Sa responsable de communication, Nada Caud, a bien voulu prendre le temps de lever le voile sur le large spectre des sujets de recherche traités tant au plan théorique et de la modélisation qu’in situ, sur des terrains variés, à travers le monde. Elle revient sur son propre rôle qui va bien au-delà de la communication autour des résultats. De formation scientifique – elle est titulaire d’une thèse en physique –, elle a aussi une longue expérience de la médiation scientifique, ce dont elle fait profiter ses collègues chercheurs en les accompagnant dès le montage de leurs projets.

- Si vous deviez, pour commencer, caractériser la Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, également connu sous ses quatre lettres, LSCE ? Quelles recherches y mène-t-on ?

Nada Caud : Le LSCE a la spécificité d’embrasser de nombreuses thématiques : alors que des laboratoires sont spécialisés dans tel ou tel aspect du climat ou de l’environnement, du système terre, à travers l’étude de la glaciologie ou celle des océans, le notre traite aussi bien des milieux océaniques que continentaux, de la végétation, de l’atmosphère, de la cryosphère, etc. De même, il promeut plusieurs approches, entre la modélisation, l’observation et l’analyse d’échantillons – à base notamment de carottes glaciaires ou de sédiments. Les projets se répartissent entre trois grands axes de recherche : « Archives & traceurs », « Cycles biogéochimiques et Transferts dans l’Environnement » et « Climat et Cycles ».

Au total, de l’ordre de 350 personnes travaillent au LSCE : des chercheurs, dont des doctorants, des ingénieurs, sans oublier le personnel des équipes supports.

- Commençons par le premier thème « Archives & Traceurs ». Que recouvre-t-il exactement ?

N.C. : Il mobilise plusieurs équipes travaillant sur les climats du passé ou sur les traces de l’activité humaine sur l’environnement, à partir d’échantillons prélevés un peu partout dans le globe.

Des collègues le font à partir de carottes glaciaires prélevées en Antarctique. Il y a presque une vingtaine d’année, les carottes les plus anciennes remontaient au plus à 800 000 ans, ce qui était déjà beaucoup. En décembre 2024, nos équipes ont atteint une glace encore plus ancienne, d’au moins 1,2 million d’années – voire de l’ordre de 2 millions. Un résultat obtenu après avoir sondé l’Antarctique durant plusieurs années. Ces carottes permettent d’extraire de précieuses informations sur l’atmosphère du passé, la température qui y régnait, la teneur en tel ou tel composant.

D’autres collègues travaillent sur des carottes de sédiments marins. Ils les prélèvent depuis le navire Le Marion Dufresne, équipé d’un carottier d’une soixantaine de mètres. On ne peut qu’être impressionné par tout ce qu’ils peuvent faire dire à ces sédiments : les fossiles de planctons, par exemple, donnent des informations sur les océans durant les périodes glaciaires ou interglaciaires… Nos chercheurs peuvent reconstituer jusqu’aux courants marins – ils disposent d’instruments qui permettent d’analyser les particules charriées au cours du temps et savoir de quelles parties du globe elles proviennent. Selon que les couches de sédiments sont composées de grains de petite ou de grosse taille, on peut en déduire la force des courants, en conclure s’ils étaient forts ou faibles, en déduire la direction aussi…

Les carottes de sédiments marins sont archivées à la carothèque installée sur le site de Gif-sur-Yvette, du CNRS. Il s’agit de la plus grande carothèque « naturelle » – elle est à la température ambiante d’une cave – en France.

Une troisième équipe analyse ces mêmes carottes pour faire de la datation à partir d’une méthode originale, à partir du champ magnétique terrestre. Notre équipe dispose pour cela d’une chambre amagnétique qui permet d’écranter le champ magnétique terrestre pour sonder les variations dans le temps : dans une carotte donnée, nos chercheurs peuvent ainsi identifier la séquence et la situer sur l’échelle de temps chronologique. Pour mémoire, les changements de champs magnétiques terrestres correspondent à des périodes géologiques.

 

- Vos chercheurs procèdent-ils à d’autres types de prélèvements ?

N.C. : Oui, d’autres collègues travaillent à partir de carottes prélevées sur des colonies de corail. Les carottes peuvent donc donner des informations sur le passé de l’océan et son évolution sur une période de plusieurs siècles. Cela permet aussi d’étudier la manière dont réagissent les coraux sous l’effet du changement climatique et ses manifestations – les vagues de chaleur sous-marines, l’acidification de l’océan,… – et les pollutions anthropiques (l’introduction de crèmes solaires, les microplastiques).

D’autres archives font aussi l’objet de prélèvements et d’analyses par d’autres de nos équipes de façon à appréhender le climat à une échelle plus régionale. Parmi ces matériaux, il y a le bois : extraits d’arbres vivants ou des poutres d’anciens bâtiments. Des collègues ont ainsi travaillé sur du bois de la charpente de Notre-Dame, récupéré suite à l’incendie intervenu en avril 2019.

À quoi s’ajoutent encore les stalagmites et les stalactites, lesquels offrent des informations précieuses sur les précipitations, les régimes de pluie du passé, leur évolution…

Ainsi, à partir de ces différents prélèvements, nos chercheurs, tels des détectives, recueillent de précieuses informations, complémentaires, pour formuler des hypothèses, aider à reconstituer le climat du passé. Nous disposons d’un laboratoire doté de plusieurs méthodes de datation. Car à chaque échantillon, à chaque période étudiée, correspondent des méthodes de datation spécifiques.

Actuellement, avec une étudiante en illustration scientifique, nous travaillons à la conception d’un jeu pour mieux faire connaître ces méthodes.

- Comment cela se passe-t-il concrètement entre ces chercheurs spécialistes d’un type d’échantillonnage ? Ceux des carottes glaciaires échangent-ils avec ceux des carottes marines, du bois, des stalactites/stalagmites ?

N.C. : Oui, bien sûr ! Par exemple, nos collègues qui travaillent, les uns sur la datation au carbone 14, les autres à partir du bois, croisent leurs méthodes, l’une et l’autre ne fournissant pas les mêmes informations. Leurs données pourront même être croisées avec celles de collègues qui travaillent sur l’astrophysique et notamment les explosions de supernova de façon à affiner la datation, car, on le sait maintenant, ces explosions ont pu impacter les teneurs en carbone 14.

De manière générale, les chercheurs du climat du passé travaillent étroitement, confrontent leurs méthodes, pour infirmer ou confirmer des hypothèses.  Ils travaillent aussi avec les modélisateurs qui procèdent selon d’autres méthodes.

Cela étant dit, je précise que tous ces chercheurs ne travaillent pas seulement sur le climat du passé. Les instruments qu’ils utilisent permettent de recueillir d’autres informations à partir notamment de l’analyse d’échantillons de polluants. Une de nos équipes étudie ainsi les radionucléides qui se sont échappés suite à l’incident de Fukushima [intervenu en mars 2011]. Chaque année, elle prélève des échantillons pour voir comment la pollution se déplace dans les cours d’eau, le sol. Ici, au LSCE, nous disposons d’instruments qui sont en mesure d’identifier l’origine de radionucléides, de différencier les isotopes, préciser de quoi ils sont la trace entre les essais nucléaires que la France a réaliser [jusqu’en 1996] dans le Pacifique, Tchernobyl, etc. -, localiser précisément les retombées.

D’autres collègues travaillent sur le plomb dans une optique similaire : en prélevant des échantillons en bords de Seine, par exemple, ils sont capables de distinguer celui qui provient des canalisations, celui provenant des pots d’échappement de voitures – avant l’imposition du carburant sans plomb -, ou encore de l’incendie de Notre-Dame, chacun de ces plombs ayant leur propre signature.

En bref, le LSCE dispose de nombreuses compétences et des instruments de pointe pour, selon le cas, dater ou caractériser des substances circulant dans l’air, l’eau ou le sol. C’est dire si nos équipes sont impliquées dans de nombreuses problématiques actuelles que ce soit celles liées au changement climatique ou à la pollution de l’atmosphère, des océans, des sols.

Elles sont en mesure d’évaluer les effets d’activités anthropiques, de montrer comment celles-ci impactent les milieux naturels ou habités ; comment la concentration de matières organiques – la prolifération d’algues, en milieu côtier, par exemple – peut engendrer des zones anoxiques, c’est-à-dire privées d’oxygène.

Naturellement, nos chercheurs ne travaillent pas seuls, mais collaborent avec des experts et opérateurs intervenant en dehors du monde de la recherche académique. Par exemple, une équipe qui intervient en milieu côtier dialogue avec les gestionnaires des aires marines protégées, les agences de l’eau concernées et l’Observatoire français de la biodiversité (OFB), pour aider à anticiper des évolutions futures, les effets possibles de mesures – par exemple, une limitation d’intrants chimiques en amont sur le milieu côtier.

Une autre équipe, emmené par Jérémy Jacob, porte le projet EGOUT, qui se propose d’analyser les biomarqueurs des activités humaines ou de phénomènes climatiques et environnementaux : ce projet mobilise des associations, des habitants d’un quartier du 20e arrondissement et des services de la ville de Paris en vue de suivre les évolutions d’habitudes alimentaires à travers les eaux usées du réseau d’assainissement.

Voilà pour un aperçu des activités relevant du premier thème de recherche « Archives & traceurs ».

- Sur quoi porte le 2e, « Cycles biogéochimiques et Transferts dans l’Environnement » ?

N.C. : Il vise à comprendre les cycles atmosphériques à partir de la mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES) – CO2, méthane,…- et d’autres composés affectant la qualité de l’air. Ce thème mobilise deux importantes équipes de recherche participant chacune à un réseau européen : ICOS ATC et ICOS RAMCES. L’Infrastructure Européenne ICOS traite des GES, dans une perspective qui se veut globale et intégrée : elle s’attache à mesurer leur présence dans l’atmosphère, leur interaction entre l’atmosphère (ICOS Atmosphère) et la végétation (ICOS écosystème), d’une part, l’océan (ICOS Océan), d’autre part. Le LSCE a en charge la coordination d’ICOS Atmosphère.

La constitution de ce réseau a répondu à la nécessité d’harmoniser les mesures dans ce domaine : jusqu’ici, chaque équipe de recherche européenne procédait à ses propres mesures, selon son protocole. Tous les instruments qui mesurent les GES sont désormais validés ici, au LSCE, à partir de bans de tests : une fois validés, ils peuvent être déployés dans les différentes stations européennes. C’est également ici que les instruments sont réparés – pendant ce temps, des instruments de rechange sont expédiés pour ne pas interrompre les activités de mesure. Toutes les données recueillies par les différentes stations de mesure sont remontées ici et traitées par une équipe, avant d’être mises à disposition gratuitement, avec une traçabilité précise des traitements dont elles ont fait l’objet.

- Ce que vous dites est l’occasion de souligner un aspect méconnu de l’activité de recherche, à savoir : son déploiement à travers des réseaux nationaux et internationaux, notamment de stations de recueil de données…

N.C. : En France, la station la plus ancienne a été installée sur l’Ile Amsterdam et fournit depuis plus de quarante ans la plus ancienne série de mesure du CO2. Depuis un large réseau de stations de l’infrastructure ICOS s’est déployé en France et en Europe. En complément à ces instruments de mesure en temps réels, des chercheurs font ponctuellement des lancés de ballon. Pour analyser les teneurs en CO2, méthane…dans la colonne atmosphérique sur 30 km d’altitude. Cela permet par exemple de détecter des panaches d’incendies provenant d’un autre continent.

Ainsi, même si l’infrastructure de recherche fournit des données régulières, nos chercheurs continuent à faire de la recherche in situ pour identifier des marqueurs permettant de distinguer le CO2 d’origine humaine du CO2 naturel.

Une autre infrastructure de recherche ACTRIS permet d’étudier la qualité de l’air, là encore à l’échelle européenne. Au LSCE, nous coordonnons le volet inter-comparaison des instruments, toujours dans ce souci d’harmoniser les mesures.

Il reste que les instruments de mesure in situ dont je vous ai parlé jusqu’alors sont, en plus d’être sophistiqués, coûteux à installer et à entretenir. Or, ils ont un intérêt d’autant plus grand si leur fonctionnement est assuré dans la durée ce qui n’est pas garanti dans tous les pays. Une alternative est la mesure par satellite. L’inconvénient de celle-ci : les données recueillies par ce moyen sont moins précises.  Son avantage : un satellite couvre l’ensemble de la surface du globe. L’intérêt est donc de mettre en regard les mesures satellitaires avec les mesures in situ. Même si celles-ci ne sont pas toujours disponibles, il est possible de les extrapoler à partir des données satellitaires en les confrontant à d’autres situations comparables, de façon à en déduire les émissions de CO2 au niveau des sols.

D’autres collègues sont impliqués dans deux grands programmes de mesure par satellite pour estimer les concentrations de CO2 et de méthane, cette fois dans l’atmosphère.

Cependant, l’activité de recherche sur les cycles ne se limite pas à de la mesure : elle comporte aussi un volet modélisation (dite inverse) qui permet de remonter des concentrations de gaz à effet de serre (mesurées par les stations, les satellites…) jusqu’au puits et sources des émissions.

Nos chercheurs essaient aussi de comprendre comment les usages des sols impactent les émissions ou l’absorption des GES. Actuellement, une jeune scientifique Elsa Abs s’intéresse en particulier aux bactéries présentes dans le sol et à la manière dont elles seront amenées à évoluer avec le réchauffement climatique, dans le cycle du carbone.

Un collègue de la même équipe, Philippe Ciais, académicien en France et en Chine, pilote l’Institut Convergences « Climate change and land-management systems » (CLAND) au sein de l’Université Paris-Saclay, un projet sur les liens entre usages des sols et réchauffement climatique en termes de vulnérabilité, d’adaptation et d’atténuation.

- Une illustration au passage de ce que les recherches menées ici peuvent être à l’interface des sciences du vivant et de la physique…

N.C. : Et pour cause : le cycle du carbone est étroitement lié à la végétation. Il nous faut donc intégrer celle-ci dans nos modèles. La question étant de savoir non seulement comment elle absorbe le CO2, mais encore comme elle réagit dans un contexte de changement climatique. Entre autres enseignements, une de nos équipes a pu relever la difficulté croissante de la végétation à absorber le CO2 pendant les périodes caniculaires.

- À ce stade, on prend la mesure de la masse de données recueillies, traitées, analysées, modélisées par vos équipes. Forcément, la question se pose : vous êtes-vous mis à l’heure de l’IA pour les valoriser ?

N.C. : Oui, bien sûr, et c’est d’ailleurs l’objet d’une autre thématique de recherche en plein développement. Il ne faut pas cependant sous-estimer les difficultés comme celles qui tiennent au fait que l’IA s’appuie sur un apprentissage à partir de données relatives à des situations passées. Or, nous sommes dans un contexte de changement climatique susceptible de remettre en cause les scénarios antérieurs. Le défi n’en est que plus stimulant. Comme dans bien d’autres domaines de recherche, on entrevoit des solutions, des applications, mais aussi des interrogations nouvelles, dont la résolution peut ensuite ouvrir sur d’autres questionnements. L’activité de recherche n’a finalement jamais procédé autrement : en se confrontant à de nouvelles problématiques.

J’ajoute que le LSCE contribue voire coordonne la réalisation de bilans mondiaux des émissions de CO2 et de méthane. Chaque année, il met donc à jour ces données agrégées à partir de plusieurs centres de mesure, pour fournir, à travers les fameux rapports du GIEC, des données factuelles à la communauté académique mais aussi aux décideurs. Ce bilan permet de savoir où en sont les États par rapport aux engagements pris lors des COP. Précisons que les mesures vont donner des indications sur la concentration en GES à un endroit et à un instant t. La mise en regard de ces données permet cependant de déduire l’origine de leur émission – industrielle, agricole, urbaine…

- C’est dire si, grâce à la recherche, on dispose d’un moyen de vérifier les données communiquées par les États…

N.C. : Un de nos collègues, Philippe Peylin, a porté voici quelques années le projet H2020 VERIFY dans le but de concilier les inventaires de données fournies par ces derniers  – des inventaires à la Prévert puisqu’on y trouve des données relatives aussi bien à leur surface agricole qu’à leur parc automobile, au nombre de chaudières à fuel, etc. – avec les données recueillies par les scientifiques à partir des instruments de mesure in situ ou satellitaire que j’ai évoqués…

- Et alors ?

N.C. : Force est de constater que les données fournies par les États ne concordent pas toujours avec ces données scientifiques. Ce qui ne signifie pas nécessairement qu’ils ne feraient pas preuve de transparence. Des erreurs dans les mesures peuvent ainsi être produites par les scientifiques. Le projet de notre collègue, H2020 VERIFY visait donc à voir comment rapprocher les deux estimations.

Récemment, les équipes ICOS ont comparé, dans le cadre du projet ICOS Cities  et suite à la COP de Paris – COP21 -, les mesures scientifiques d’émission de GES avec les inventaires établis par les États : pour la première fois les deux rapports ont plutôt eu tendance à coïncider : dans un cas comme dans l’autre, on enregistrait une diminution notable des émissions de GES au cours de la dizaine d’années écoulées.

 

Voilà pour le deuxième thème, j’en viens au 3e, « Climat et Cycles – Modélisation de leurs variabilités et de leurs interactions ».

- Est-ce une synthèse des deux précédents ?

N.C. : Pas exactement. S’il recouvre les mêmes objets d’étude, il mobilise d’autres méthodes, de façon à offrir un regard différent mais complémentaire. Les modèles du climat, conçus à base d’équations physiques, permettent de comprendre les phénomènes climatiques en agissant sur une diversité de variables. Ils sont d’un degré de complexité variable.  Parmi eux, le modèle de l’IPSL – pour Institut Pierre-Simon Laplace -, a pour particularité et intérêt d’intégrer toutes les composantes : l’atmosphère, l’océan,  la végétation, les glaciers,…

Tandis que les mesures, les carottages permettent de reconstituer les climats du passé, les modèles permettent aussi de sonder le futur en déterminant les évolutions en fonction de variables, et leurs effets sur la température moyenne, le niveau de la mer, etc. En bref, connaître les climats du passé permet de valider les modèles d’évolution des climats futurs.

Cependant, d’une grande complexité, ces modèles ne sont pas simples à mettre en place. Il en existe une quarantaine dans le monde. À l’échelle de la France, il n’en existe que deux : outre celui de l’IPSL, celui de Météo France

L’IPSL fédère plusieurs laboratoires des sciences du climat et de l’environnement implantés en région parisienne. Ces laboratoires contribuent aux différentes composantes du modèle couplé de l’IPSL (atmosphère, océan, glace…). Le LSCE contribue au volet végétation à travers le modèle Orchidée, lequel s’imbrique donc dans le modèle IPSL, qui est, lui, mobilisé pour les besoins des rapports du GIEC que j’évoquais. L’UMR LOCEAN, la Laboratoire d’Océanographie et du Climat : Expérimentations et Approches Numériques  – traite, comme son nom l’indique, du volet océanique ; le laboratoire de météorologique dynamique, du volet atmosphère, etc.

En 1991, a  été lancé un programme international d’intercomparaison des modèles et des données du passé – sur les glaciers, les fonds marins, etc. – de façon à évaluer au mieux les modèles, détecter leurs éventuelles faiblesses et forces, et les améliorer le cas échéant.

Concrètement, les chercheurs se livrent à cette occasion à des exercices consistant à se positionner sur telle ou telle période du passé, à faire tourner leurs modèles pour simuler des climats qui dominaient alors, puis à comparer les résultats pour vérifier si, par-delà leurs particularités, ils parviennent à retrouver les mêmes caractéristiques. La comparaison ne s’arrête pas là : elle se poursuit avec les données recueillies par les collègues qui interviennent sur le terrain, à partir de carottages ou de prélèvements de matériaux. Ce programme d’intercomparaison se poursuit aujourd’hui, plus de trente ans après son lancement.

- Merci de lever le voile sur une autre modalité de la recherche, à savoir cette intercomparaison et ces allers-retours entre la modélisation/simulation et les études de terrain.

N.C. : Les prélèvements d’échantillons effectués par des collègues sur le terrain peuvent donner des indications sur l’évolution dans tel ou tel intervalle de temps, mais sans parvenir à donner une mesure continue du passé lointain à la période actuelle. De là l’intérêt de la modélisation : elle permet de retracer l’évolution en continu et de comprendre le passage d’une période – glaciaire, de réchauffement – à une autre, en faisant varier les paramètres, la position géographique des continents – lesquels, rappelons-le au passage, se sont déplacés/fragmentés dans le temps. Des variables qui ne manquent pas d’impacter l’évolution du climat. C’est en faisant varier ainsi des paramètres que la modélisation peut vérifier des hypothèses sur les causes des changements climatiques.

Parfois, des hypothèses sont énoncées à partir d’un modèle ; pour les vérifier, des collègues vont alors sur le terrain, à des endroits susceptibles de fournir la confirmation d’une transition climatique. En sens inverse, l’analyse des échantillons peut donner lieu à d’autres hypothèses dont la modélisation peut aider à vérifier la cohérence avec d’autres hypothèses.

Jusqu’à présent, je vous ai parlé de modèles reposant sur des paramètres physiques (la présence de composants, la température,…). Des collègues développent en parallèle d’autres modèles intégrant des paramètres plus biogéochimiques. Par exemple, mon collègue Jean-Claude Dutay porte le projet PREVENT consistant à évaluer l’impact de la pollution au microplastique, au mercure ou au lithium sur toute la chaîne trophique, depuis le plancton jusqu’aux gros poissons. Un travail de modélisation qui permet de mieux comprendre leur propagation dans les milieux, que notre collègue a mené en s’associant à d’autres laboratoires spécialisés dans l’analyse de polluants, pour tester les effets de l’un ou l’autre de ces éléments, à partir de la reconstitution en laboratoire de milieux marins – concrètement, ils observent comment des planctons ou petits poissons plongés dans des cuves réagissent à l’ajout de l’une ou l’autre de ces matières. Ils procèdent également à des tests sur des poissons pour analyser les effets sur leur développement embryonnaire.

Des chercheurs d’autres laboratoires travaillent directement avec des pêcheurs de thon pour analyser les teneurs en mercure et identifier les zones les plus polluées. Là encore les données recueillies peuvent nourrir des modèles développés par ailleurs. Ce projet prévoit aussi d’impliquer des décideurs, de l’échelle locale à internationale, dans l’élaboration de scénarios relatifs à ces contaminants.

- On ne peut encore une fois qu’être impressionné par le spectre des activités et des sujets de recherche…

N.C. : Etant entendu que le barycentre de nos sujets d’étude est plus proche de la recherche fondamentale que la recherche appliquée (même si on a quelques services opérationnels). En revanche, au sein de la recherche fondamentale sur le système Terre, on couvre un très large spectre de thématiques (toutes les composantes du système Terre : atmosphère, océan, végétation, glace, continents… ; toutes les méthodes : analyse, observation, modélisation ; plusieurs thématiques : climats passés, présents, futures, archéométrie, géochronologie,…).

- Qu’en est-il de l’activité de communication ? En quoi consiste-t-elle dans le cas d’un laboratoire comme le LSCE ?

N.C. : Il s’agit en réalité bien plus que de la communication, puisque, et c’est une spécificité de mon poste, je m’implique en amont dans le montage des projets de recherche. Dans le cas du projet EGOUT, par exemple, j’ai été impliqués dès le début : j’ai participé à l’écriture du projet ; faisais aussi partie du comité de pilotage ; ai accompagné l’équipe sur le volet de la science participative avec les habitants du 20e arrondissement de Paris. Chaque projet étant différent, de par ses objectifs, les équipes de recherche et les partenaires mobilisés, les disciplines impliquées, il représente à chaque fois une aventure nouvelle. Je m’immerge dedans, en veillant à identifier le plus en amont possible les besoins de communication, de médiation, ou encore des projets arts & science auxquels il peut donner lieu.

- Qu’est-ce qui vous a prédisposée à occuper ce poste ?

N.C. : De formation, je suis scientifique. En avril 2006, j’ai soutenu une thèse de physique au Laboratoire des physiques du solide (LPS), une UMR Paris-Sud / CNRS qui compte d’éminentes personnalités – Albert Fert, prix Nobel, ou encore Julien Bobroff, un physicien reconnu dans le domaine de la supraconduction et la médiation scientifique. Ma thèse portait sur les supraconducteurs organiques quasi-unidimensionnels. Il se trouve que ces supraconducteurs ont été découverts l’année de ma naissance, par celui-là même qui devait diriger ma thèse, laquelle se trouve être la dernière qu’il ait dirigée avant son départ à la retraite. À l’époque, très peu d’équipes dans le monde travaillaient sur ce sujet, une niche en recherche fondamentale ! Naturellement, ces années de thèse ont conforté mon appétence pour la science. Pour autant, je n’ai pas fait le choix de poursuivre dans la recherche.

- Pourquoi ?

N.C. : Entretemps, j’ai découvert la médiation scientifique. J’ai adoré ça ! J’en faisais à titre bénévole pendant les week-ends et les vacances, dans un club d’astronomie. Une fois ma thèse soutenue, j’ai fait le constat que c’était dans cette médiation scientifique que je m’étais le plus épanouie. J’ai donc voulu dédier ma carrière à celle-ci plutôt qu’à la recherche ou l’enseignement. Pendant sept ans, j’ai travaillé dans des musées – des Arts et métiers, la Cité des sciences, au Muséum de Bordeaux.

Le volet recherche a fini par me manquer. C’est ainsi qu’en 2012, j’en suis venue à postuler au LSCE dont les thématiques de recherche m’intéressaient. Elles me confortaient dans mon intérêt ancien pour les enjeux écologiques et qui a motivé mon orientation vers la médiation scientifique.

Au tout début, je travaillais avec Gilles Ramstein, un chercheur spécialisé dans la modélisation des climats et qui a pour particularité d’être malvoyant : je l’assistais donc dans ses travaux de recherche, le montage de ses projets, la recherche des financements jusqu’à la préparation des diapositives et autres supports de communication, de ses interventions dans les médias. Un cinquième de mon temps était par ailleurs consacré à des projets de communication du LSCE. Les équipes me sollicitant de plus en plus pour les accompagner dans la communication de leurs activités de recherche, d’un commun accord avec la direction, mon poste a été transformé en celui de chargée de projet de communication. Un collègue gérait déjà la partie la plus institutionnelle – le site web, les communiqués de presse,… -, ce qui m’a permis de me consacrer pleinement à l’accompagnement des chercheurs, ce qui me correspondait mieux.

- Qu’est-ce que cela implique-t-il concrètement ?

N.C. : Très régulièrement, avant même de soumettre un projet pour un financement, les collègues peuvent me solliciter pour dimensionner le volet communication de leur projet, en donnant des idées sur ce qu’ils pourraient faire en matière de valorisation ; en évaluer aussi le coût, identifier des partenaires potentiels, etc. Il m’arrive même d’être intégrée dans l’équipe de recherche au titre de responsable communication. Je peux ainsi suivre le déroulement du projet et en comprendre d’autant mieux les enjeux de communication mais aussi scientifiques, sociétaux. Sans compter qu’il s’agit le plus souvent de projets multi-partenariaux, ce qui m’amène donc à interagir avec d’autres responsables communication.

 

- Au final, vous aurez inventé un nouveau poste…

N.C. : De fait, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas trouvé d’équivalent dans d’autres organismes de recherche… De manière générale, j’aime porter des projets impliquant plusieurs équipes, aussi bien de recherche que support, et plusieurs partenaires, chacun venant avec ses compétences, sa vision des choses. Loin de me déplaire, les réunions avec plusieurs personnes me stimulent. Forcément, au début, cela peut partir dans tous les sens. Mais un petit miracle finit souvent par se produire comme, cette fois, où une doctorante eut l’idée qui a mis tout le monde d’accord pour le projet de maquettes. Ce que j’aime aussi, c’est cet élan collectif à même d’embarquer les bonnes volontés comme cette fois où j’avais adressé un simple email pour savoir si, par hasard, des collègues seraient partant pour reproduire sur un mur les warming stripes relatifs à l’évolution de la température annuelle moyenne dans le monde – ce qui permet de donner une représentation concrète du réchauffement climatique. Plusieurs dizaines se sont aussitôt manifestés en se proposant de peindre telle ou telle année – une vidéo relate cette aventure – pour y accéder, cliquer ici. La communication, cela sert aussi à cela : à laisser libre cours à de l’intelligence collective ! Cette appétence pour des projets collaboratifs est ressortie confortée d’une parenthèse de deux ans passés au GIEC…

- Au GIEC ?!

N.C. : J’avais envie de faire l’expérience de travailler pour le GIEC, de le connaître de l’intérieur et d’y contribuer. Ma candidature ayant été acceptée, j’ai demandé une mise à disposition quasi complète de deux ans – j’avais maintenu un temps partiel au LSCE. Initialement, ils avaient ouvert un poste de responsable communication pour gérer les liens avec les médias, préparer la conférence de presse, le média training des auteurs… Pendant l’entretien, je leur ai parlé des fiches synthétiques sur les extrêmes climatiques et proposé de préparer des fiches par régions et secteurs d’activités. Ils ont donc ouvert un deuxième poste pour que je puisse développer ces ressources.

Un exercice auquel je m’étais déjà livré pour le compte du LSCE, en faisant dialoguer ensemble des scientifiques avec des décideurs de différents domaines – transport, énergie… La première année, je me suis concentrée sur les fiches par région, l’année suivante sur les fiches par secteur d’activité.

Pour réaliser ce travail, j’avais rejoint l’un des trois groupes du GIEC, celui consacré aux bases physiques, coprésidé par Valérie Masson-Delmotte – pour mémoire, les deux autres portent sur l’adaptation au changement, d’une part, et son atténuation, d’autre part. Là encore, l’appel que j’avais lancé à la communauté scientifique pour savoir qui aurait envie de participer à ce travail suscita des réactions immédiates : une centaine de personnes, originaires de différents pays, se sont dites prêtes à contribuer au projet. Concrètement, il s’agissait de résumer en deux pages tout ce que les quelques 2 500 pages du rapport dit d’une région ou d’un secteur d’activité. Nous avons procédé en plusieurs étapes, en faisant à chaque fois valider les résultats par les délégations de tous les pays. On faisait aussi valider par les auteurs et co-présidents des trois groupes du GIEC et par des représentants de plusieurs secteurs d’activités.

Ce fut l’occasion de mettre en valeur un autre aspect du travail que je mène dans le cadre du LSCE, à savoir faire dialoguer les scientifiques avec les acteurs de la société civile, les décideurs, les industriels, pour mettre en regard ce que les premiers sont en mesure de produire en termes de connaissances, et ce dont les seconds ont besoin de savoir, là encore sur des aspects très techniques. En 2016, j’avais travaillé sur un projet européen Copernicus Clim4energy qui déjà m’avait beaucoup formée à la co-construction entre scientifiques et décideurs. Piloté par le LSCE, il impliquait des scientifiques et des industriels du secteur de l’énergie pour identifier les informations climatiques nécessaires aux nouveaux besoins opérationnels liés à l’augmentation de la part des énergies renouvelables.

- Un travail très technique qui ne vous empêche pas de vous ouvrir aussi au dialogue arts & sciences. C’est d’ailleurs Ulysse Baratin, directeur de la Scène de Recherche, qui m’a parlé de vous dans l’entretien qu’il m’a récemment accordé, avant que je vous rencontre en vrai à l’occasion d’une journée organisée à l’IDEEV sur ce dialogue arts & sciences… À quand remonte votre intérêt pour ce dialogue ?

D.C. : Depuis que j’ai rejoint le LSCE, j’ai toujours travaillé avec mes collègues sur des projets arts & sciences. Et ce, avec d’autant plus de plaisir que ces collègues ont une forte appétence pour ce dialogue comme pour la médiation scientifique. Tant et si bien que, si je suis force de propositions, il leur arrive de l’être eux-mêmes. Parfois, des propositions nous viennent de l’extérieur. Nous les accueillons toujours avec un a priori favorable.

- Des projets qui poussent loin le dialogue arts & sciences si j’en juge par ce volume que vous m’avez remis : Cent haïkus pour le climat, d’un certain Laurent Contamin… Un projet auquel vous avez participé ?

N.C. : Oui ! Il se trouve que Gilles Ramstein, avec qui j’ai travaillé à mes débuts au LSCE, avait assisté à une pièce de théâtre de Laurent, qui avait fait une résidence à l’Institut de Neurobiologie Alfred Fessart. Gilles m’a aussitôt proposé de l’inviter à notre tour en résidence au LSCE. Nous avons donc monté un dossier ensemble pour la financer auprès notamment de la Diagonale Paris Saclay. Durant cette résidence qui a eu lieu en 2021, lors de la COP21, Laurent a discuté avec une trentaine de nos scientifiques. En a donc résulté ce recueil de haïkus. Pour mémoire, il s’agit d’une forme de poésie japonaise épurée qui contrastait en cela avec le foisonnement d’information et l’effervescence de la COP. Les haïkus traitent traditionnellement des saisons ; il n’était donc pas si impertinent d’en proposer sur le climat. J’ajoute que, dans le cadre de sa résidence, Laurent faisait également des interventions avec une paléoclimatologue, membre du LSCE, Masa Kageyama. Ensemble, ils intervenaient dans les classes. Tandis que Masa traitait pendant une heure des climats de la Terre, Laurent faisait ensuite écrire des haïkus aux élèves, sur ce qui les avait marqués. Un projet aux effets très bénéfiques. De l’aveu même des enseignants, ce ne sont pas forcément les élèves d’ordinaire les plus participatifs qui se sont le plus ni le mieux exprimés, mais les moins scolaires. Rien que ce résultat justifie à mon sens les efforts consentis pour mettre en place une telle résidence.

- Ce résultat est d’autant plus heureux que le haïku repose sur une écriture à contraintes [un vers de sept pieds précédé et suivi d’un de cinq pieds]…

N.C. : Des contraintes auxquelles ces élèves se sont pliés de bonne grâce. Par ailleurs, une vidéo a été réalisée par l’Université Paris-Saclay qui retrace l’histoire de cette résidence et des interventions de Laurent et de Masa dans les classes – pour accéder à cette vidéo, cliquer ici.

- Un mot encore sur le principe de ces résidences d’artistes au sein de laboratoires, ne serait-ce que pour préciser leurs spécificités par rapport à celles plus connues du grand public, les résidences d’écrivains…

N.C. : Je m’empresse de préciser que les artistes que nous accueillons ne résident pas à temps plein dans nos laboratoires ! En revanche, un financement est prévu pour rémunérer leur travail de création, lequel repose le plus souvent sur cette possibilité de rencontrer nos chercheurs, de discuter avec eux, d’observer in situ leur manière de travailler. Laurent est ainsi venu plusieurs fois au LSCE. En 2022-23, nous avons accueilli une autre artiste : Araks Sahakyan qui suivait le parcours année de recherche-création à la Scène de recherche. Trois mois durant, elle est venue chaque jour au laboratoire où elle disposait d’un bureau. Sa résidence a pu être financée grâce aux démarches d’un collègue, Jérémy Jacob, qui lui a donné carte blanche. Les discussions qu’elle a eues avec nos chercheurs ont permis de fertiliser de nombreuses idées de projets. Nous continuons d’ailleurs à en poursuivre d’autres avec elle, les uns proposés par nous, les autres à son initiative. À mes yeux, c’est un exemple de collaboration réussie entre arts & sciences, au sens où il ne s’est pas agi d’une simple commande de scientifiques faite à une artiste pour donner une couche artistique à leur projet de recherche, ou en sens inverse, une caution scientifique donnée à un projet artistique, mais bien d’une démarche de co-construction au cours de laquelle les chercheurs et l’artiste réfléchissaient ensemble. Actuellement, nous accueillons en résidence un artiste, par ailleurs metteur en scène, Victor Thimonier qui a choisi de traiter du thème des carottes – polaires, marines ou encore lacustres…

- Vous avez cité la Scène de recherche, la Diagonale de Paris-Saclay,… Dans quelle mesure ces projets favorisent-ils des interactions avec des institutions de l’écosystème Paris-Saclay ?

N.C. : Nous avons tissé des liens avec plusieurs institutions engagées dans ce dialogue arts & sciences. Pour la résidence de Victor Thimonnier que je viens d’évoquer, La Scène de recherche avait spontanément pensé à nous en nous associant à un projet financé par la Fondation Carasso.

Toujours avec la Scène de recherche, nous sommes en phase de rédaction d’un autre projet relatif aux études que j’ai évoquées sur la présence de trois contaminants – microplastique, mercure et lithium – dans la chaîne alimentaire. La Scène de recherche nous a mis en lien avec Frédéric Ferrer, de la compagnie de théâtre Vertical Détour. Il fait des performances en forme de conférences qui finissent par basculer dans l’absurde, le décalé. Sa compagnie a déjà joué une pièce sur le lithium « Comment Nicole a tout pété », mais au regard de son extraction dans des mines continentales : Frédéric serait intéressé d’aborder le lithium présent dans les océans – celui qu’étudient précisément mes collègues chercheurs – pour en savoir plus, cliquer ici.

En dehors de ces résidences, une exposition a été montée l’an passé au Lumen sur l’histoire des expéditions françaises en Antarctique, de 1947 à 1987. Elle a été le fruit de deux ans de travail et rendue possible par la découverte d’un fonds d’archives incroyable, relatif à une personne qui a travaillé 40 ans comme documentaliste, assistante et attachée de presse aux expéditions polaires aux côtés de Paul-Émile Victor. Nous avons, aux différentes étapes de la conception de l’exposition, bénéficié du précieux concours de différents partenaires, bibliothèques universitaires : outre le Lumen qui a mis à disposition le mobilier d’exposition conçu par le Design Spot ; la Bibliothèque mathématique Jacques Hadamard (Orsay), qui a numérisé le fonds d’archives ; la Bibliothèque numérique Numaclay ; la Graduate School Géosciences, Climat, Environnement, Planètes qui nous a permis de recruter un stagiaire – un étudiant en histoire et valorisation du patrimoine d’entreprise -, qui a assuré l’inventaire des documents et leur numérisation ; le DIM PAMIR qui est coordonné et animé par plusieurs chercheurs de l’Université Paris Saclay ; sans oublier La Diagonale Paris-Saclay qui a financé la graphiste. À propos de celle-ci, je tiens à en souligner le soutien constant : elle a aussi financé le développement du jeu ClimaTicTac qui a impliqué une vingtaine d’auteurs, des scientifiques, des responsables de communication (dont moi-même) et l’Association Science Technologie et Société. Nous avons pu ainsi tester le jeu dans plusieurs collèges. Jeu qui a obtenu la médaille de la médiation scientifique en 2021 – pour en savoir plus, cliquer ici.

La Diagonale a également financé le développement d’un autre jeu, accessible en ligne, consistant à voter des lois en délibérant préalablement. Un outil très précieux pour susciter le débat, évaluer l’impact d’une loi, son acceptabilité sociale – pour en savoir plus, cliquer ici.

Je tiens aussi à remercier la Graduate School Géosciences, Climat, Environnement, Planètes, qui, outre le recrutement du stagiaire mobilisé sur l’exposition, cofinance un autre projet – une maquette de présentation des différentes catégories de carottes et leurs milieux de prélèvement.

- Au-delà de ces collaborations dans le cadre du dialogue arts & sciences, quelles sont vos interactions avec les autres acteurs de l’écosystème Paris-Saclay ? Je pense en particulier aux startuppers…

N.C. : Votre question tombe à pic puisqu’un projet vient d’être accepté par l’ANR, qui étudie notamment une solution de captage de CO2 à partir d’une technique de saupoudrage de basalte concassé sur le sol. Cela ne reste encore qu’une hypothèse et c’est l’enjeu de ce projet que de la vérifier, en évaluant aussi l’impact de ce saupoudrage sur le sol. Si j’évoque ce projet, c’est parce que Daniel Goll, le collègue qui le porte travaille avec la start-up Climerock, installée au Moulon  et associée à un agriculteur bio qui met à disposition une parcelle pour les besoins de tests – parcelle subdivisée en trois parties, l’une sans basalte, les deux autres en contenant plus ou moins. Des campagnes de mesure seront régulièrement effectuées dans les années qui viennent pour mesurer l’effet de l’absence ou de le concentration de basalte sur différentes cultures – chaque sous-parcelle est subdivisée en trois carrés de vingt mètres de côté avec dans chacun un type de culture différent. Y sera mesurée la croissance des racines.

Le LSCE héberge aussi la start-up Bloomineral porté par Caroline Thaler qui vient d’être sélectionnée dans le palmarès des 100 innovateurs de l’année https://www.bloomineral.com/

Ils conçoivent des minéraux à bilan carbone négatif à l’aide d’algues et de lumière, créant ainsi une nouvelle génération de matériaux qui stockent le carbone au lieu de le rejeter.

- Compte tenu de votre ancienneté dans ce laboratoire, je ne résiste pas à l’envie de vous demander comment vous avez vu évoluer cet écosystème et le territoire dans lequel il s’inscrit…

N.C. : J’ai connu le territoire il y a 25 ans, bien avant d’intégrer le LSCE et il a bien changé ! Ici, dans les alentours du LSCE, il n’y avait que des champs. Même si je suis nostalgique de ces paysages plus naturels et consciente de l’impact de l’artificialisation, je suis fascinée par l’architecture du plateau de Saclay. J’ai l’impression d’évoluer dans une ville futuriste avec ces grands bâtiments blancs et ces lignes aériennes en plein milieu des champs agricoles qui, comme je l’espère, seront préservés précieusement. Je sais que tous ne partagent pas cet avis ! Mais, après tout, tous les goûts sont dans la nature. Comme je pratique beaucoup le vélo pour me déplacer, je suis particulièrement vigilante par rapport à l’état des pistes ; je n’hésite pas à alerter, avec d’autres cyclistes, sur les situations potentiellement dangereuses et force est de constater que les autorités en charge de l’entretien de ces pistes peuvent être réactives, même s’il y a encore beaucoup de progrès à faire en terme de continuité et de sécurité des pistes ! Au plan culturel, je trouve que l’offre est riche et de grande qualité. Ce qui est particulièrement intéressant, et rare pour être souligné, c’est que les sciences ont toute leurs part dans les activités culturelles à travers les projets art et sciences, les croisements interdisciplinaires avec la littérature, la poésie, la philosophie… Le foisonnement d’activités est tel et les canaux de diffusion si nombreux qu’on peut être frustré de ne pas avoir accès à l’information ou de ne pas pouvoir toucher un large public quand on a un beau projet à présenter. Heureusement, les acteurs de la culture du Plateau arrivent à dialoguer et travailler ensemble grâce à une initiative fédératrice du LUMEN.

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