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Aménagement & Architecture

Quels paysages pour les Terres protégées ?

Créé le 23/07/2026

Modifié le 24/07/2026

Entretien avec Pauline Crévillers et Marcela Conci, respectivement conseillères Paysagiste et Architecte au sein du CAUE 91

Le 4 mai dernier, le CAUE de l’Essonne avait donné rendez-vous à Buc pour une conférence-débat sur le thème « Imaginons ensemble les paysages de demain du Plateau de Saclay » en vue de l’élaboration d’un guide pour la sauvegarde, la valorisation des pratiques agricoles et des paysages des Terres protégées du Plateau de Saclay – une proposition faite par la DRIEAT (Direction régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports) Île-de-France. Pour le réaliser, il s’est entouré de l’Atelier de l’Ours et de Marion Bruère, paysagiste indépendante, en collaboration avec Terre et Cité.

Le 8 juillet suivant, il conviait usagers et habitants du territoire à des ateliers participatifs. L’objectif : croiser les points de vue des acteurs et usagers du plateau de Saclay. Nous y étions et pas qu’en simple spectateur, nous prenant au jeu des échanges au sein d’un groupe de participants aux profils très divers. En voici un premier écho à travers cet entretien avec Pauline Crévillers (à droite sur la photo) et Marcela Conci (à gauche), respectivement conseillères Paysagiste et Architecte au sein du CAUE (et aux côtés de Renée Delattre qu’on ne présente plus !).

 

- Si vous deviez, pour commencer, rappeler ce qui se cache derrière ces quatre lettres, CAUE...

Marcela Conci : Conseil Architecture Urbanisme et Environnement. Il s’agit d’une association de droit privé mais de service public, créée par la loi sur l’Architecture de 1977, pour garantir la préservation de la qualité architecturale, urbanistique, environnementale et paysagère dans les territoires. Nous répondons aussi bien aux sollicitations de collectivités territoriales et des services de l’État que des particuliers et des professionnels. Au-delà des actions de conseil, nous menons aussi des actions d’information, de formation et sensibilisation. Nos compétences sont très diverses puisque le CAUE 91 comprend aussi bien des architectes que des urbanistes et des paysagistes et des sociologues – sans oublier bien sûr le personnel administratif, Moi-même suis conseillère en architecture, Pauline en paysage.

- Pouvez-vous rappeler l’enjeu de ces ateliers participatifs ?

Pauline Crévillers : Il s’agit d’aboutir à un guide pour la sauvegarde, la valorisation des pratiques agricoles et des paysages des Terres protégées du Plateau de Saclay– la nouvelle appellation de la ZPNAF –, dont la DRIEAT Île-de-France nous a confié la réalisation. Ces ateliers font suite à une soirée, le 4 mai dernier, de présentation du contexte à travers une mise en perspective historique des évolutions du paysage du plateau de Saclay – faite par le photographe Jacques de Givry – et d’une table ronde d’acteurs du territoire invités à témoigner sur leur rapport sensible à ce paysage. Cette fois, il s’agissait de donner la parole aux usagers et habitants. Pour cela, nous avons associé à la démarche des partenaires qui connaissent bien le territoire : Terre et Cité, bien sûr, ainsi que, pour les besoins de l’animation, Marion Bruère, paysagiste, et Clément Daix, de l’Atelier de l’Ours.

- La réalisation d’un tel guide est-elle une première pour vous ?

Marcela Conci : Non, nous avons déjà piloté la réalisation d’un atlas du paysage de l’Essonne il y a de cela une quinzaine d’années. Pour les besoins de ce guide, nous mettons davantage à profit notre propre connaissance du territoire, des réseaux d’acteurs et de différents organismes qui interviennent à différentes échelles et qui nous paraissent naturels d’associer.

Pauline Crévillers : Précisons que ce guide devrait voir le jour en juin 2027. Ce qui nous laisse encore du temps pour coconstruire une vision partagée du paysage et de ses possibles évolutions au plan agricole, mais aussi dans le contexte de changement climatique.

- En quoi la démarche est-elle intéressante pour la paysagiste et l’architecte que vous êtes respectivement ?

Pauline Crévillers : Elle l’est précisément dans le fait d’articuler les deux, l’approche paysagiste et architecturale. Par définition, un approche paysagère intègre l’ensemble des composantes d’un territoire, y compris son bâti, agricole et autre. Dans le cas des Terres Protégées du Plateau de Saclay, le défi tient aux différentes échelles à traiter, de la plus petite à la plus grande, de sorte qu’il n’est pas évident d’en fixer a priori le périmètre. Nous passons notre temps à zoomer, dézoomer, certains étant enclins à zoomer sur leurs communes ou le territoire intercommunal, d’autres à privilégier une cartographie aussi étendue que possible, quitte à déborder le périmètre des Terres Protégées du Plateau de Saclay. Rappelons que celles-ci se trouvent déjà à cheval sur deux départements – l’Essonne et les Yvelines. Ce qui rend plus compliquée l’application d’un cadre réglementaire et plus complexes les enjeux paysagers par la multiplication du nombre d’acteurs.

Et puis, les ateliers participatifs l’ont bien montré à leur manière : une diversité de points de vue s’exprime que ce soit sur la composante agricole et son évolution, que sur les infrastructures et équipements quant à leurs effets, leur rôle dans le paysage de demain. Encore une fois, nous sommes dans un contexte de changement climatique dont les effets se font déjà sentir – nous avons réalisé ces ateliers en plein épisode caniculaire… C’est dire s’il y a urgence à agir et questionner le paysage et le bâti à ce sujet.

- Comment vivez-vous le fait que l’expert en paysage que vous êtes est davantage en position d’écoute que de recommandations justement ?

Pauline Crévillers [ Sourire ]. Pour pouvoir conseiller, encore faut-il commencer par écouter, au risque sinon de faire des recommandations hors-sol, non pertinentes. Écouter donc, et le plus de points de vue possible, que ce soit d’humains comme de non humains, ainsi que vous le suggériez vous-mêmes lors de la soirée du 4 mai. Dans le contexte de changement climatique, nous n’avons pas d’autres choix que de privilégier des démarches collectives. Le rôle du paysagiste conseiller est de favoriser cette dynamique en se montrant aussi neutre que possible.

Marcela Conci : Neutre ? Ce n’est pas le mot que j’utiliserais. Qu’on soit paysagiste ou architecte conseiller, on n’en reste pas moins aussi des acteurs. Certes, on ne peut pas faire du conseil si on n’écoute pas. Pour autant celle-ci n’est pas passive. Au contraire, elle est active en ce sens qu’elle exige un important effort pour ne serait-ce que requestionner des pratiques, remettre en perspective une question avant de synthétiser l’apport des uns et des autres dans une vision structurée…

- À vous entendre toutes les deux, il y a donc aussi des débats au sein même d’un CAUE...

Elles en choeur : Oui, bien sûr !

Pauline Crévillers : Cela étant dit, j’abonde dans le sens de Marcela. Quand j’invoque une certaine neutralité, je veux signifier qu’en tant que paysagiste ou architecte conseil, nous nous gardons de prendre la main sur le projet d’aménagement, au titre d’une maîtrise d’œuvre. Si nous en venons à reformuler un projet, c’est en questionnant la personne ou l’équipe qui le porte pour l’amener à trouver par elle-même des solutions plus pertinentes que celles auxquelles elle a pensé initialement. En ce sens, on peut dire que nous faisons un travail de pédagogie.

- Si vous deviez tirer un premier enseignement de ces ateliers...

Marcela Conci : Je mettrais en avant deux enseignements. D’abord, comme cela a été dit par Pauline, la dimension collective de la démarche, qui passe par un temps préalable de dialogue, de découverte des points de vue en présence. Les participants arrivent certes avec leurs propres sujets de préoccupation mais c’est collectivement qu’on construit le paysage d’un territoire. Ensuite, je constate qu’on aura finalement peu parlé d’architecture. Ce qui ne peut que surprendre l’architecte que je suis ! Pourtant, on ne peut traiter de paysage en ignorant sa composante architecturale. Comme Pauline l’a dit, le paysage, c’est aussi du bâti, ancien ou nouveau, des infrastructures et des équipements. Trop souvent on parle du paysage au prisme de la biodiversité, des composantes naturelles, forestières, agricoles. C’est très bien et même indispensable. Pourtant, c’est aussi le bâti qui permet d’habiter un territoire.

- À suivre donc...

Pauline Crévillers : À suivre, en effet. Je tiens cependant dès maintenant à apporter une note positive : je repars avec de nouveaux contacts et de nouvelles données, de nouvelles perspectives aussi, qui ne manqueront pas d’enrichir la démarche d’élaboration du guide, toujours en cours. Rendez-vous l’été prochain pour une lecture du guide ! En attendant, nous poursuivons notre travail d’enquête sur le terrain.

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Sylvain Allemand
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