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Mobilités

« Être à Paris-Saclay facilite les partenariats en matière de décarbonation »

Le 17 octobre 2022

Directeur du programme R&D Commerce et Services d’EDF, Didier Roustan explique en quoi consiste son rôle auprès des métiers en charge de proposer des solutions décarbonées à diverses catégories de clients.

Directeur du programme R&D Commerce et Services d’EDF, Didier Roustan explique en quoi consiste son rôle auprès des métiers en charge de proposer des solutions décarbonées à diverses catégories de clients (entreprises, collectivités, particuliers). En quoi aussi l’écosystème de Paris-Saclay est un terreau favorable.

- Vous êtes le directeur du programme R&D Commerce et Services. Que recouvre-il exactement ?

Ce programme a vocation à appuyer l’ensemble des métiers du groupe EDF, à commencer par le pôle Clients, Services & Territoires, pour répondre aux besoins de nos clients dans leur volonté de décarboner leurs activités. Ces clients peuvent être aussi bien des entreprises, des collectivités que des particuliers qui souhaitent maîtriser leur facture, réduire leur empreinte environnementale.

- En quoi consiste votre apport ?

Face aux enjeux climatiques, notre ambition est de proposer des solutions les plus efficaces que possible. Nous ne pouvons nous permettre de décevoir un client qui investirait dans une pompe à chaleur avec l’espoir de bénéficier du confort escompté ou dans un véhicule électrique sans pouvoir le recharger dans les meilleures conditions. Nous ne concevons pas de mettre sur le marché des solutions qui ne correspondraient pas précisément aux usages et aux exigences de décarbonation. Le rôle du département R&D d’EDF consiste précisément à apporter toutes les garanties que les solutions proposées par les directions « métier » sont fiables et adaptées aux besoins des clients, en les testant préalablement dans nos laboratoires. Nous sommes capables de simuler le fonctionnement d’un équipement (pompe à chaleur, borne de recharge…) en conditions réelles. Car il ne suffit pas qu’un équipement soit performant dans des conditions « normatives » : il faut que le niveau de consommation d’énergie annoncé soit bien celui qu’enregistrera le client.
À défaut d’être à l’origine de leur conception, nous contribuons ainsi à rendre des équipements plus viables, y compris sur le plan financier, en faisant progresser l’ensemble des parties prenantes, dans le sens de plus de simplicité, d’efficacité et d’interopérabilité, un enjeu majeur dans le cas des recharges de voiture électrique.

Recharge de véhicule électrique à l'entrée d'EDF Lab Paris-Saclay. Crédit : EDF / Daste Adrien.

Pompe à chaleur très haute température. Crédit : EDF/ Julien Lutt.

Recharge de véhicule électrique à l'entrée d'EDF Lab Paris-Saclay. Crédit : EDF / Daste Adrien.

Pompe à chaleur très haute température. Crédit : EDF/ Julien Lutt.

- Privilégiez-vous des secteurs en particulier ?

Non. Nous répondons à des sollicitations provenant de secteurs aussi variés que l’industrie, le bâtiment, les mobilités, etc. Dans le cas du bâtiment, nous contribuons au recours à des pompes à chaleur, que ce soit pour l’habitat ou le tertiaire (bureaux, commerces…). La réglementation actuelle en matière de Diagnostic de performance énergétique (DPE), avec sa double échelle énergie / climat, favorise désormais la rénovation bas-carbone. L’objectif de notre R&D est donc d’ouvrir nos laboratoires aux fabricants, notamment hexagonaux, pour leur permettre de développer leur gamme de pompes à chaleur, afin qu’elles répondent à toutes les situations comme la rénovation dans le bâti ancien, en remplacement de chaudières fonctionnant au fuel par exemple, ou bien dans le collectif.

- Que proposez-vous aux industriels ?

Là encore, il s’agit d’accompagner les industriels dans leur effort de décarbonation. L’Europe s’est fixée des objectifs ambitieux pour devenir le premier continent neutre en émissions carbones, dans le secteur industriel. Actuellement, l’industrie européenne reste encore largement carbonée et, donc, soumise à des pressions de l’opinion publique. L’électrification de systèmes de production est un moyen de contribuer à cette décarbonation en plus de réduire notre dépendance vis-à-vis de sources d’approvisionnement en énergie extra-européennes. Concrètement, nous travaillons à la mise au point de pompes à chaleur très haute température, susceptibles de valoriser la centaine de TWh de chaleur rejetée par l’industrie, une solution encore peu développée dans le domaine industriel. Des procédés plus matures existent. Je pense aux fours électriques mal positionnés du fait des prix des combustibles fossiles, mais dont nous nous employons à convaincre les industriels de leur performance, tant au regard de la qualité des biens manufacturés qu’au plan économique et environnemental.

- Qu’en est-il en matière de mobilités ?

Pour mémoire, nos mobilités restent le premier secteur d’émission de CO2. C’est dire la nécessité de redoubler d’efforts, surtout à l’heure où les véhicules électriques sont en plein essor. Notre objectif est d’aider les filiales du Groupe EDF, IZIVIA et IZI, à proposer des solutions de recharge des véhicules électriques fiables et économiques, que ce soit à la maison, en entreprise, ou encore sur le parking d’un supermarché. L’enjeu est bien de faire en sorte que les usagers utilisent ces recharges aussi facilement et simplement que lorsqu’ils font le plein en stations à essence. Il en va du succès, à terme, des véhicules électriques. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec des fabricants de bornes pour en multiplier l’installation, mais aussi en simplifier l’usage.

- On voit le spectre de problématiques que votre programme recouvre et par voie de conséquence l’extrême diversité de clients et d’interlocuteurs, de partenaires d’horizons professionnels différents avec lesquels vous êtes amenés à interagir…

De fait, nous sommes insérés dans un écosystème extrêmement hétérogène. À chaque client, des problématiques spécifiques, auxquelles il faut répondre. L’innovation digitale a conduit à démultiplier les solutions, mais sans que l’on s’assure toujours de leur pertinence au regard des usages. Or, il est admis que dans le domaine du numérique, près de 90 % des innovations ne trouvent pas leur marché, faute d’y répondre réellement. Pour notre part, nous essayons de comprendre ces usages, à partir de panels de clients, de façon à concevoir la solution la plus adaptée. Pour reprendre l’exemple des mobilités électriques, nous ne pouvons proposer qu’un type de recharge. Tout dépend du besoin de mobilité du client : les solutions de charge seront différentes selon qu’il s’agit pour une mère de famille de faire quelques dizaines de kilomètres pour se rendre sur son lieu de travail ou d’un artisan faisant la tournée de ses chantiers. Cet exemple illustre la nécessité pour nous de mieux appréhender les usages des véhicules électriques et pas seulement leurs enjeux technologiques.

- Quelles expertises mobilisez-vous pour cerner les besoins de vos clients ?

Dans le domaine de la mobilité, nos chercheurs en sciences humaines et sociales collaborent avec l’IRT SystemX et l’école CentreSupélec au sein de la chaire Anthropolis, pour étudier les nouveaux modes de mobilité en émergence. Il nous faut bien sûr prendre aussi en considération l’évolution de la réglementation. Par exemple, au 1er janvier 2024, des Zones à faibles émissions métropolitaines (ZFE) vont être instaurées qui interdiront l’accès aux véhicules à moteur thermique dans les centres urbains. Ce qui soulève de nouvelles problématiques. Nous discutons en particulier avec des logisticiens qui s’interrogent sur la manière dont ils pourront continuer à livrer et sur les équipements à mettre en place dans leurs entrepôts.
Naturellement, nous ne prétendons pas leur apporter seuls la solution. Nous interagissons avec d’autres acteurs de l’innovation, au sein d’écosystèmes d’innovation comme celui de Paris-Saclay. Je pense en particulier à l’ITE VEDECOM dont nous sommes membres ; il permet de travailler directement avec les constructeurs, à la fois sur les aspects techniques mais aussi normatifs.

- Ainsi, si je vous comprends bien, vous proposez à chaque client une solution spécifique en vous associant à des partenaires différents…

Je ne prétends pas aller aussi loin. Pour être attachés à trouver la solution qui correspondra exactement à la problématique de notre client, nous n’en recherchons pas moins à éviter de réinventer la poudre. Rappelons qu’entre les entreprises, les collectivités et les particuliers, nous comptons près de 23 millions de clients. Nous sommes donc naturellement amenés à promouvoir des solutions les plus standards possibles pour en garantir la performance technique et économique dans la durée. C’est le cas par exemple des ballons d’eau chaude qui équipent nos logements – on en recense pas moins de 11 millions en France, qui ont été déployés à partir des années 1960 et que l’instauration du compteur bleu à inciter les ménages à utiliser aux heures creuses, pendant la nuit, pour soulager le réseau électrique. Aujourd’hui, ces ballons d’eau chaude font encore gagner en flexibilité, en permettant de déplacer la consommation du jour vers la nuit afin de lisser la courbe de charge du réseau.
Cette solution consistant à décaler le moment d’utilisation d’équipements électriques, est plus que jamais d’actualité et facilitée à l’heure du smart grid (réseaux intelligents). Elle permet au système électrique de relever les défis liés, d’une part, à la production croissante d’électricité à partir d’énergies renouvelables (par nature intermittentes dans le cas de l’éolien et du photovoltaïque), en l’absence de capacités de stockage suffisantes (on ne peut démultiplier les stations de pompage ni produire de l’hydrogène à l’infini), d’autre part, à des sollicitations croissantes, du fait de la diffusion des véhicules électriques et du numérique dont on sait combien il est consommateur d’électricité.
Pour en revenir aux véhicules électriques, ils offrent une perspective intéressante : leur batterie stocke, qu’il s’agisse d’une voiture ou d’un bus, de 50 à 500 kilowatts-heures, soit des capacités de stockage tout sauf négligeables, bien supérieures à celles de nos ballons d’eau chaude. D’ores et déjà, nous travaillons à en faire un outil de régulation du réseau électrique, en incitant à la recharge la nuit plutôt que le jour.
Nous contribuons au développement des solutions de pilotage pour Dreev, une filiale du groupe EDF, qui propose d’utiliser le véhicule électrique comme un opérateur de services à travers sa batterie : en cas de besoin, le véhicule peut restituer les réserves disponibles sur le réseau (soit le V2G, pour vehicule to grid). En février 2022, Dreev a reçu l’agrément de RTE, ce qui va lui permettre de contractualiser des services sur ce marché prometteur. Nous l’accompagnons dans la conception de la « centrale électrique virtuelle » constituée par les véhicules connectés au réseau via des bornes pilotables, dans l’intérêt de RTE et des propriétaires qui se verront rémunérés pour les services de flexibilité apportés par leur flotte.
Et ce n’est pas tout. Plutôt que de discuter avec chaque constructeur pour définir un protocole de communication spécifique à leurs véhicules, nous avons participé à l’établissement d’une norme commune – la norme ISO 15 118-20 – qui permet d’assurer l’interopérabilité de la borne de recharge avec n’importe quel véhicule et le réseau électrique.

- Vous avez donné deux exemples de partenariat avec des acteurs de l’écosystème Paris-Saclay – VEDECOM et la chaire Anthropolis. De manière générale, dans quelle mesure cet écosystème, de par les problématiques qui s’y posent mais aussi les compétences et expertises qu’il concentre, ses ressources en termes d’innovation, est-il porteur pour vous, comparé à d’autres écosystèmes ?

Il est évident que l’inscription dans l’écosystème de Paris-Saclay nous fait gagner en lisibilité et facilite les partenariats avec aussi bien des industriels et des start-up, que des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Nous avons récemment hébergé les véhicules autonomes que Mobilize, la filiale de Renault, testait sur le plateau de Saclay. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Ce plateau de Saclay fourmille d’initiatives. Nous sommes régulièrement sollicités par des industriels pour poursuivre des recherches et expérimentations conjointes, dans une démarche collaborative. Comme je l’indiquais, nous leur ouvrons volontiers nos portes.

- Je ne résiste pas à l’envie de clore cet entretien en vous livrant la réflexion qui m’est venue en vous écoutant : d’un côté, on pourrait dire que des opérateurs historiques comme vous sont plus que bousculés par les transitions (énergétique, numérique) que nous connaissons, qui favorisent l’émergence de nouveaux acteurs, y compris dans le secteur de l’énergie. De l’autre, on se dit que ce contexte peut aussi donner un avantage à ces opérateurs historiques, du fait d’un besoin de stabilité, de repères auquel ils répondent d’autant plus qu’ils ont fait la preuve de leur capacité à survivre à bien d’autres révolutions. Cette réflexion fait-elle sens pour vous ?

Oui, bien sûr ! Et le fait d’être inscrit dans des écosystèmes comme celui de Paris-Saclay ne peut d’ailleurs que renforcer notre capacité d’adaptation et renforcer la confiance que nous pouvons inspirer à nos partenaires.

Sylvain Allemand
Sylvain Allemand

Journaliste

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