Quand des doctorants atterrissent en R&D
Créé le 03/07/2026
Modifié le 03/07/2026
Entretien avec Stéphane Menio, le Directeur des programmes R&T - Safran Landing Systems - Division Train d'Atterrissage
Le 8 juin dernier, Safran Landing Systems accueillait sur son site de Vélizy-Villacoublay des doctorants dans le cadre du parcours doctoral « R&D en entreprise » mis en place par l’Université Paris-Saclay, avec le concours de Bernard Monnier. Nous y étions. En voici un écho à travers le feedback de Stéphane Menio, le Directeur des programmes R&T – Safran Landing Systems – Division Train d’Atterrissage, à l’initiative de cette visite.
- Pour commencer, pouvez-vous rappeler ce qui vous a motivé à participer au parcours doctoral « R&D en entreprise » ?
Stéphane Menio : Safran accueille de longue date des doctorants et entend contribuer à la valorisation du diplôme de doctorat, qui demande à être encore promu en France – autant il est reconnu et valorisé dans beaucoup de pays, autant il pâtit dans le nôtre d’une comparaison avec les diplômes de grandes écoles. Pourtant, la valeur ajoutée d’un docteur n’est plus à démontrer : quoique tourné vers de la recherche autour de problématiques scientifiques, la formation doctorale est adaptée aux besoins de la R&D d’une entreprise. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes engagés dans le parcours doctoral « R&D en entreprise » conçu par Bernard Monnier pour l’Université Paris-Saclay. Pour mémoire, ce parcours s’adresse à des doctorants volontaires, qui souhaitent découvrir la R&D. Il consiste en plusieurs journées, sept au total, au cours desquelles des intervenants extérieurs du monde de l’entreprise expliquent ce en quoi consistent cette R&D dans leurs entreprises respectives. En plus de ces interventions, Bernard Monnier propose à des entreprises innovantes de toute taille (groupes industriels, PME, start-up…) d’organiser des visites d’immersion. J’ai saisi la balle au bond pour en organiser une sur le site de Safran Landing Systems. Celle de ce matin est la 2e que j’ai proposée dans le cadre du parcours doctoral.
- Une visite ponctuée de rencontres avec plusieurs de vos collègues, qui ont ainsi donné un aperçu du spectre des sujets couverts par vos activités de R&D. Des collègues, précisons-le, qui avaient eu eux-mêmes pour la plupart un parcours doctoral et qui étaient ainsi bien placés pour convaincre les doctorants de l’Université Paris-Saclay de rejoindre le monde de l’entreprise...
Stéphane Menio : J’aurais pu tout aussi bien présenter moi-même la place occupée par les doctorants et docteurs dans nos activités de R&D. Il m’a paru plus intéressant d’élargir les témoignages à ceux de collègues qui ont été eux-mêmes formés à la recherche doctorale. Pour une entreprise de haute technologie comme la nôtre, il est très important de savoir préserver une forte expertise dans les technologies les plus critiques et stratégiques. Rien n’empêche cependant les doctorants d’évoluer ensuite vers de la gestion de projet, du management, de l’innovation au sens large : a priori, ils ont les aptitudes pour travailler dans différents secteurs et départements de l’entreprise. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai convié mes collègues Anna Maria Pubill Melsio et Julien Labbe : tous deux docteurs, ils ont des responsabilités opérationnelles d’encadrement, de management, de contrôle budgétaire de l’ensemble d’un domaine technologique. Il m’a aussi semblé important de faire intervenir Julia Prigent de la DRH, pour confirmer que, dans la politique de recrutement de Safran, le doctorat fait de plus en plus partie des diplômes reconnus. Enfin, j’ai invité Jeanne-Anne Kurtman, qui, bien qu’elle n’ait pas suivi de formation doctorale, pouvait utilement témoigner des marges de liberté dont disposent nos chercheurs pour définir des activités de recherche, fût-ce dans un cadre exigeant, en suivant un processus rigoureux, borné dans le temps, constitué d’étapes clés, l’objectif final étant de valoriser les résultats de recherche. Gardons en effet à l’esprit que les activités de R&D d’une entreprise sont des investissements qui doivent se traduire en retombées concrètes à même de contribuer à préparer le futur.
- L’enjeu de cette matinée n’était-il pas aussi de montrer aux étudiants que le domaine d’activité de Safran Landing Systems, pour paraître pointu, centré sur une des composantes à laquelle on ne pense pas de prime abord quand on songe à l’aéronautique, couvre un très large spectre de domaines de recherche : des sciences du matériaux à l’électricité, l’électronique, en passant par le traitement de données, l’IA, etc.
S. M. : De fait, le train d’atterrissage est un produit qui nécessite l’intervention d’un champ très vaste de disciplines techniques, industrielles. La R&D dans ce domaine repose par conséquent sur ce qu’on appelle une équipe programme intégrée, l’ensemble étant coordonné par un.e chef.fe d’orchestre, le directeur de programme, en charge d’harmoniser et de synchroniser l’intervention de plusieurs métiers : des ingénieurs de recherche, des ingénieurs matériaux, des ingénieurs de bureaux d’études, des ingénieurs de méthode, qui vont réfléchir à la conception générale du train d’atterrissage, sans oublier le responsable des achats, qui va s’assurer de l’approvisionnement en matériaux et équipements, de la contractualisation des opérations qui seront sous-traitées ou faites en interne selon le principe du « make or buy » ; des responsables juridiques qui vont travailler sur les contrats notamment les contrats fournisseurs ; le contrôle de gestion ; le support client. Au stade de la recherche, de la mise au point d’une technologie, de 7 à 8 fonctions d’entreprise sont ainsi coordonnées par le directeur de programme. Cette phase de « knowledge management » prépare le travail de l’équipe qui sera en charge du développement proprement dit du produit. Donc, non, je ne suis pas surpris par votre étonnement : la R&D dans le domaine du train d’atterrissage exige à la fois des compétences très pointues, mais également de personnes qui auront le recul nécessaire pour assurer la répétabilité et la qualité dans le temps de nos produits : il importe que les milliers de trains d’atterrissage que nous produisons chaque année soient conformes aux attentes de nos clients – des constructeurs d’avions et d’hélicoptères. La pire chose qui puisse arriver est qu’un train d’atterrissage que nous expédions à l’un d’eux ne soit pas conforme, car, alors, il doit être réexpédié dans nos usines – un aller-retour qui ne peut que perturber les chaînes d’approvisionnement.
- Au-delà de la diversité des profils avec lesquels ce domaine amène le doctorant à travailler, c’est aussi un domaine engagé dans la décarbonation du secteur de l’aéronautique. C’est dire si, à ce titre, il peut intéresser des doctorants préoccupés par cet enjeu...
S. M. : De ce point de vue-là, c’est un secteur d’avenir. Force est de constater que la masse embarquée, inerte, d’un train d’atterrissage est importante – elle fait plusieurs tonnes qui n’ont d’utilité que pendant les phases de décollage et d’atterrissage, mais pas durant le vol proprement dit. L’enjeu est donc d’alléger ce train d’atterrissage, car plus un avion est léger, moins il émet de GES. L’objectif prioritaire de notre R&D est d’ailleurs de développer des technologies d’allègement tout en maîtrisant les coûts de fabrication, car nos clients attendent à réduire leur émissions de CO2 sans entraîner des surcoûts de fabrication et de maintenance. Il nous faut donc trouver le bon compromis, sachant que les solutions d’allégement sont a priori plus coûteuses que les solutions classique
- Pour conclure, quels enseignements tirez-vous de cette matinée ?
S. M. : Une nouvelle fois, on a pu mesurer la volonté de l’Université Paris-Saclay de se positionner dans le temps pour répondre aux problématiques et aux besoins d’industriels comme Safran Landing Systems, par une sélection appropriée des profils – les doctorants qui se sont inscrits à cette matinée sont dans des disciplines en lien avec nos sujets : science de l’information, mécanique, physique ou encore des mathématiques appliquée pour les développements à base d’IA. Pour être passé d’un atelier à l’autre, et à en juger par les questions qu’ils posaient, j’ai pu mesurer à quel point les doctorants étaient intéressés. Mon espoir est que lorsque ces doctorants retourneront dans leur laboratoire, dès cet après-midi, ils partageront l’image d’une société Safran offrant de réelles perspectives aux doctorants, répondant à leur exigence d’une R&D qui réponde aux défis de la décarbonation. Pour avoir discuté avec mes collègues, je sais qu’ils ont pris eux-mêmes beaucoup de plaisir à expliquer leurs métiers à de jeunes talents qui, pour certains d’entre eux, seront peut-être un jour amenés à travailler pour Safran Landing Systems.
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