Entretien avec Charles Cosson, directeur de cet accélérateur de la Banque populaire Val de France
Le 19 mars dernier, La Terrasse Discovery +x proposait une soirée autour de l’IA générative. Une de plus vous direz-vous… Sauf que celle-ci aussi valait le déplacement : Charles Cosson (à gauche sur la photo), le directeur de cet accélérateur de la Banque populaire Val de France, avait eu l’heureuse idée de demander à Romain Farel (au centre) – celui-là même que nous avons interviewé voici quelques mois sur l’application qu’il a mis au point pour aider les artisans dans l’établissement de leur devis -, de présenter cette IA générative : ce qui se cache dernière mais aussi ce qu’elle permet concrètement de faire pour simplifier la vie des entreprises et de leurs salariés. À voir les réactions du public, Charles Cosson avait vu juste : ce public était manifestement très intéressé et conquis par les talents de pédagogue dudit Romain, au point d’ailleurs de ne même plus veiller au temps qui s’écoulait – la conférence aura duré près de deux heures non sans susciter moult questions ! En voici un écho à travers cet entretien sur le vif auquel Charles Cosson a consenti à se prêter.
- Comment en êtes-vous venu à mettre de nouveau l’IA générative au programme de cette soirée ?
Charles Cosson : C’est bien simple : la Terrasse Discovery +x est le lieu d’accélération et de coopération de la Banque Populaire Val de France. Or, aujourd’hui, quoi de plus up to date que l’IA générative pour un chef d’entreprise, petite ou grande ? Ne lui-faut-il pas s’y intéresser au plus vite au risque sinon de se laisser manger par ses concurrents qui, eux, s’y seront mis à temps ?
Ce n’est pas la première fois que nous abordons le sujet. Vous le savez d’ailleurs pour avoir assisté le 22 janvier dernier à l’intervention de Nathalie Bordeau, spécialiste de l’influence, de la communication de crise et de l’Intelligence économique, qui nous a expliqué comment prendre le pouvoir sur l’IA, la Data et le Cloud. Beaucoup de chefs d’entreprise en sont encore à se demander à quoi cette IA va bien pouvoir leur servir. Ceux qui s’y essaient passent encore parfois beaucoup de temps à « prompter » [formuler leur demande] sans voir réellement les bénéfices qu’ils escomptent. Ce soir, nous avons donc proposé un atelier pour aborder des cas d’usage très pratiques comme, par exemple, la conception d’un site web, d’un powerpoint, etc.
Cet atelier n’avait donc pas d’autres ambitions que de rappeler brièvement la genèse de cette IA générative, qui marque une étape nouvelle dans l’histoire déjà ancienne de l’IA – comme Romain l’a rappelé, tout commence dans les années 1940-50 -, de montrer comment elle fonctionne – les modèles de langage sur lesquels elle s’appuie -, les différents modèles existants – du moins les principaux, car il s’en conçoit chaque jour de nouveau, les plus connus étant ChatGPT (OpenIA), Gemini (Google), Claude (Anthropic), Le Chat (Mistral, la seule entreprise française, capable de rivaliser avec les précédentes, notons-le au passage). Romain nous a aussi expliqué les différents concepts attachés à cette IA – outre les modèles LLM, le « transformeur » qui, comme son nom le suggère, transforme le langage dans lequel s’exprime l’usager en un langage compréhensible par l’IA, l’agent, ou encore le RAG [pour Génération augmentée de récupération] que, pour ma part, je ne connaissais pas bien jusqu’alors. À défaut de faire de vous un expert, la simple compréhension de ces concepts aide à mieux utiliser cet outil, car il ne s’agit que de cela, d’un outil : l’IA n’est pas appelée à se substituer à vous. Au contraire, c’est la qualité de votre promptage, de la manière dont vous formulez la demande, mais aussi la qualité des données que vous serez à même de fournir, qui permettront à votre IA générative de vous fournir la meilleure réponse possible.
- Un mot sur Romain Farel, pédagogue hors pair : comment l’avez-vous découvert ? Je pose la question même si on devine que vous ne pouviez que vous rencontrer compte tenu de vos implications respectives dans l’écosystème de Paris-Saclay.
C.C.: Je connaissais Romain pour l’avoir croisé lors d’événements de la Terrasse Discovery +x auxquels il assistait. Nous avons fait plus ample connaissance lors d’une soirée organisée par Thomas Vassort, de TEDxSaclay – même à l’heure des réseaux sociaux, les connections se font aussi comme cela ! Romain m’avait fait part de son projet de création d’une application, Zen Artisan, qui, depuis, a vu le jour. Elle m’a d’autant plus passionnée que je suis moi-même issu d’une famille d’artisans commerçants et je travaille à la Banque Populaire Val de France, une banque coopérative au service des professionnels. Romain a su traiter d’un vrai problème pour ces professionnels – établir un devis dans des délais raisonnables – et pour leurs clients – devoir les relancer… Le plus souvent, les artisans travaillent seuls ; entre courir après les chantiers et les réaliser, ils n’ont guère de temps pour les tâches administratives, sauf à avoir un proche qui consent à s’en occuper en plus de ses propres charges professionnelles et/ou domestiques…
- Une application dont Romain nous a longuement parlé dans l’entretien réalisé conjointement avec son associé – entretien toujours accessible depuis le site de l’EPA Paris-Saclay*…
C.C.: Rappelons à l’intention de vos lecteurs, que Romain n’est pas qu’un simple geek. Il est docteur en IA et a travaillé notamment au CEA avant de se mettre à son propre compte.
- On peut découvrir son parcours dans un précédent entretien, le premier qu’il nous ait accordé – également disponible sur le site de l’EPA Paris-Saclay. Nous connaissions l’étendue de son expertise mais, ce soir, nous avons découvert un pédagogue hors pair !
C.C. : Nous savions qu’il avait formé des ingénieurs du CEA. C’est donc tout naturellement que j’ai voulu explorer ce qu’on pouvait faire en matière d’IA générative à l’attention d’un public non spécialiste mais directement concerné. Nous travaillons actuellement à la co-construction d’un programme de formation spécifique, Discovery IA, qui abordera : 1) la mise à niveau des compétences en prompting et interaction avec les LLM ; 2) la prise en main d’agents IA simples et leur configuration ; 3) la configuration d’outils de gestion d’agents ; enfin, 4) le travail sur des cas concrets propres à l’entreprise du participant. On pourra s’y inscrire d’ici quelques mois en allant sur le site internet de la Terrasse Discovery +x by Banque Populaire Val de France.
Précisons encore que ce programme demande à être encore testé auprès de six/sept personnes pour le valider. En attendant, nous sommes convenus, Romain et moi, d’une méthode de co-création que nous avons éprouvée ce soir : Romain m’a fait des propositions que j’ai validées, que nous avons ensuite répétées cet après-midi à quelques heures de la soirée, donc.
- « Répétées » est le mot, car, sans revenir en détail sur le déroulement de cette soirée, je retiens en particulier cette séquence où vous vous êtes retrouvés sur scène avec deux autres personnes, à interpréter respectivement le rôle du transformeur, de l’agent, etc. Comme quoi, même à l’heure de l’IA générative, le théâtre peut être encore une source d’inspiration pour une démarche de vulgarisation ! Mais, vous, quel autre enseignement tirez-vous de cette soirée, que vous aimeriez mettre en exergue ? Qu’avez-vous appris sur l’IA générative que vous ne sachiez déjà ?
C.C. : Je pense qu’on est encore loin de tout savoir sur l’IA générative, d’en exploiter tout le potentiel. Il est vrai qu’elle impressionne d’abord, tant elle paraît magique, au regard de ses performances. On passe encore beaucoup de temps à prompter pour finalement peu de résultats. Je pense que chacun d’entre nous gagnerait donc à prendre le temps d’apprendre à prompter et à utiliser les agents correctement, pour ne plus voir l’IA générative comme quelque chose de seulement magique, mais comme un outil utile et si possible frugale, en en faisant un usage responsable. Pour l’heure, on en reste à l’idée que l’IA générative est coûteuse en termes de consommation d’énergie, qu’elle expose à la fuite de ses données, ce qui n’encourage pas à l’utiliser et à comprendre en quoi elle peut vraiment servir. Le risque est de se retrouver avec des entreprises encore à la traîne par rapport à celles qui, au contraire, se seront organisées pour travailler à l’intégration de l’IA, de façon à ce que les données sensibles ne partent pas ailleurs – soit l’enjeu de la cybersécurité. C’est une perspective tout à fait possible, ainsi que Romain a pris soin de nous le démontrer.
- On mesure à quel point il nous faut des pédagogues de qualité – et nous en avons eu un ce soir – mais aussi des lieux comme celui-ci où on peut confronter sa propre expérience, ses propres questions à d’autres professionnels et découvrir par là même que l’on n’est pas seul à se poser ces questions et à chercher à leur trouver une réponse…
C.C. : Exactement ! Même à l’heure de l’IA générative – surtout à l’heure de IA générative ! -, il importe de se retrouver dans un tiers-lieu, comme La Terrasse Discovery +x by Banque Populaire Val de France, à Saint Aubin, car on peut y prendre le temps de comprendre avec d’autres, de confronter ses réflexions. C’est d’autant plus précieux que cela donne envie d’aller plus loin, de coopérer sur des projets qu’on n’avait pas imaginés, avec des personnes qu’on ne connaissait pas une ou deux heures plus tôt.
Note
* Pour accéder à cet entretien, cliquer ici.
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