En exclusivité : des interviews vertigineuses
Créé le 22/04/2026
Modifié le 22/04/2026
Rencontre avec Marco, chef de Chantier, et Adem, grutier
À force de fréquenter un environnement peuplé de grues – pas les oiseaux, mais ces édifices en acier installés le temps d’un chantier de construction -, nous avions fini par rêver d’interviewer un grutier !
Un rêve qui n’a fait que s’exacerber avec l’arrivée de plusieurs de ces grues aux alentours immédiats de l’immeuble où se trouvent les bureaux de l’EPA Paris-Saclay. L’opportunité nous a d’ailleurs été enfin donnée d’assister au montage de l’une d’elles. Enfin, le voile avait été levé sur ce qui nous est longtemps paru un mystère : nous peinions en effet à comprendre comment autant de tonnes d’acier pouvaient être érigées dans un savant équilibre entre la partie verticale et l’horizontale.
Un jour, nous nous sommes enfin décidé à interpeller depuis la fenêtre de notre bureau une personne qui passait derrière les palissades, en lui demandant à pouvoir parler avec le chef de chantier. Coup chance, c’était lui ! À son invitation, nous sommes allés à sa rencontre. Nous lui faisons part de notre rêve. « Serait-il possible d’interviewer votre grutier » s’aventurons-nous à lui demander. Lui : « Oui, bien sûr ! » Avant d’ajouter : « Repasser la semaine prochaine, l’ascenseur sera installé ! »
Nous : « Comment ça, l’ascenseur ?... »
Lui : « Ben, l’ascenseur pour monter jusqu’à la cabine ! »
Nous ne manquons de nous étrangler… Il faut préciser que nous sommes sujet au vertige et pas qu’un peu ! Pas question donc de monter. Nous proposons de faire l’entretien chez Julie’s, le café cosy qui se trouve jusqu’à côté…
Lui nous regarde d’un air qui ne laisse aucun doute quant au degré d’incongruité qu’il trouve à notre réaction : si c’est pour interviewer un grutier, autant le faire dans la cabine ! Lui : « Il n’y a pas de risque. Nous vous prêterons un casque…. ». Le temps de réfléchir à son planning, il nous propose de revenir le mercredi suivant, 15 avril, à 10 h. « Demandez Marco ! »
Nous nous rassurons en nous disant que s’il y a un ascenseur, nous n’aurions plus qu’à fermer les yeux et prendre notre mal en patience. Notre collègue Jean-Jacques, que nous nous empressons de consulter (il a été directeur de l’Immobilier) aura les mots pour nous rassurer, enfin presque : il nous narre les risques inconsidérés qu’il prit en escaladant les fameuses échelles du Refuge du Requin, au-dessus de la Mer de glace (elle-même située au-dessus de Chamonix), à plus de 2 500 mètres. Il faut alors comprendre que comparé à son exploit, accéder à la cabine d’une grue d’à peine 50 m, franchement, y’a pas de quoi en faire toute une histoire… Le même d’ajouter : « Il te suffit de faire confiance à ces professionnels et… de te préparer mentalement. »
Comme il n’a pas pu s’empêcher d’ajouter des blagues ou d’évoquer des scenarii moins rassurants – comme le risque de vent qui, même de faible intensité, peut secouer la cabine -, nous finissons par douter quant au fait de prendre ses conseils au sérieux. Nous nous rassurons en nous disant que nous avons une petite semaine pour nous préparer mentalement, comme il dit…
En début de la semaine du jour J, nous guettons l’arrivée de l’ascenseur… On ne voit toujours rien. Du moins, c’est ce que nous croyons. Un collègue : « Mais, si, regarde : il est là ! ». Et de désigner quelque chose qui évoque plus une petite cage… suspendue à une quinzaine de mètres… Or, entre le point d’arrivée du prétendu ascenseur et la cabine, il y a encore deux/trois mètres à franchir, en traversant une grille suspendue dans le vide.
Il nous reste encore deux jours pour redoubler d’effort dans notre préparation mentale…. Nous nous surprenons à nous imaginer à croquer dans un gâteau au chocolat que nous nous serions offert pour nous récompenser de notre bravoure héroïque – on se motive comme on peut quitte à forcer un peu sur les superlatifs…
Mercredi 15 avril, 10 h : nous voilà sur le chantier avec notre collègue Marie, partante non pour monter en cabine mais pour filmer notre montée… Son enthousiasme communicatif – qui ne la pousse pas à nous proposer de monter à notre place, car, elle aussi, est sujette au vertige – a au moins le mérite de nous distraire. La grue étant en pleine activité, il nous faut attendre un peu… faire le pied de grue en somme se surprend-on à nous dire histoire de nous détendre… En vain.
C’est le moment. Tout se bouscule dans notre tête. On s’imagine parmi les astronautes au pied de la fusée qui doit les expédier dans l’espace pour faire le tour de la Lune ! Mais juste avant de nous laisser monter, Marco nous interroge : « Toujours prêt à monter dans la cabine ? Je vous pose la question, car il faut quand même que je vous dise qu’il arrive qu’une fois en haut, des personnes n’arrivent plus à descendre d’elles-mêmes, que le grutier se retrouve à devoir les aider à regagner l’ascenseur.» Nous saisissons au bond le bon motif qu’il nous offre sur un plateau d’argent de renoncer non pas à faire l’entretien, mais à le faire dans la cabine. Si cela ne tenait qu’à nous, feignons-nous de croire… Mais nous ne pouvons pas prendre le risque de déranger notre grutier.
Lui, en revanche – Adem de son prénom – ne renonce pas à se risquer à un entretien. À se risquer, écrivons-nous, car c’est le premier qu’il accorde. Nous le voyons descendre avec une aisance incroyable, comme quatre à quatre, les échelles successives, d’un palier à l’autre. En moins de temps qu’il faut pour l’écrire, le voilà prêt à répondre à nos questions…
Pour accéder à l’entretien avec :
– Adem – cliquer ici.
– Marco Cortes – cliquer ici.
Journaliste
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