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Efficacité énergétique : l’approche Lemon Energy

Le 3 mai 2023

Entretien avec Gregory Choppinet, cofondateur de Lemon Energy.

Améliorer l’efficacité énergétique des process industriels, à partir d’un diagnostic et la mise en œuvre de solutions sur mesure, telle est la vocation de cette jeune entreprise innovante hébergée au Playground, l’Incubateur Pépinière Hôtel d’entreprises de Paris-Saclay. Précisions de son cofondateur Gregory Choppinet.

- Si vous deviez, pour commencer, pitcher Lemon energy ?

GC : Lemon Energy est un bureau d’études en efficacité énergétique industrielle, qui part du principe que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas. D’où l’accent mis sur l’amélioration apportée à l’efficacité énergétique des process. Nous ciblons principalement des industriels des secteurs de l’agro-alimentaire, de la chimie, de la sidérurgie, de la plasturgie ou de la verrerie. Nous leur proposons un accompagnement dans la durée, en commençant par établir un bilan énergétique global de la consommation de leurs systèmes productifs, de façon à définir ensuite une stratégie bas carbone. Enfin, nous pouvons assurer le suivi des actions mises en œuvre, à partir des données recueillies au moyen de capteurs, et vérifier ainsi que les objectifs sont effectivement atteints. Le but n’est pas de produire nécessairement moins, et encore moins de moindre qualité, mais mieux, avec moins d’énergie.

- Vous allez jusqu’à non seulement évaluer le montant des investissements à prévoir, mais également à identifier les sources de financements, de subventions auxquels l’industriel peut prétendre ?

GC : Effectivement. Nous travaillons étroitement avec l’Ademe, BPI France et les collectivités territoriales (les Régions), pour faire bénéficier à nos clients des financements auxquels ils peuvent prétendre au titre de la transition énergétique, mais aussi de l’innovation. Car nos interventions sont l’occasion de développer des procédés innovants avec le souci constant de ne pas nuire à la qualité des produits.

- Comment y parvenez-vous ?

GC : En travaillant main dans la main avec les équipes d’ingénieurs des industriels pour bien évaluer l’impact énergétique des différentes options qui se présentent sur la qualité des process. Quitte à devoir les convaincre de remettre en cause des pratiques professionnelles, des routines. D’où la nécessité d’instaurer une relation de confiance. D’autant plus que les ingénieurs impliqués dans les process industriels peuvent entretenir une culture du secret ou de la confidentialité, qui ne les incline pas à collaborer avec des intervenants extérieurs, fussent-ils ingénieurs comme eux.

- Comment parvenez-vous à instaurer cette relation de confiance ?

GC : Notre bureau d’études est indépendant ; il n’est adossé à aucun groupe industriel potentiellement concurrent. Et puis, nous sommes encore d’une taille assez modeste pour instaurer des relations de proximité avec nos clients. L’accompagnement dans la durée ne s’est imposé que progressivement. Au début, notre cœur de métier, c’était l’étude de faisabilité des projets d’amélioration de nos clients. Désormais, nous allons jusqu’à assurer le suivi des performances pendant plusieurs années, et animer l’équipe pour l’atteinte d’un objectif de réduction des consommations d’énergie. Un plus qui correspondait manifestement à une réelle attente et qui a contribué à instaurer cette relation de confiance que j’évoquais. Nous avons été aidés en cela par nos partenaires (Ademe, BPI France) qui ont contribué à financer des projets innovants et ambitieux.

- Vous vous présentez comme un bureau d’études. Pourtant, vous évoquez plus une démarche de start-up…

GC : De fait, nous avons été labellisés « Jeune Entreprise Innovante » sur le volet de l’analyse de la donnée énergétique. Volet pour lequel nous nous sommes dotés de moyens en R&D, de façon à proposer des algorithmes à même de modéliser aussi précisément que possible le comportement énergétique des équipements d’un process industriel. Nous faisons ainsi du sur-mesure, de façon à formuler des recommandations aussi adaptées que possible aux usages de notre client, à ses exigences en termes de qualité de production.

- Un accompagnement sur mesure et dans la durée, dites-vous. Quel modèle économique avez-vous défini pour y parvenir ?

GC : Au début, comme je l’ai dit, notre activité se concentrait sur des études rémunérées au forfait. Depuis cette année, en réponse à l’élargissement de notre activité au suivi dans la durée, nous proposons une formule d’abonnement, laquelle inclut la mise à disposition d’un expert référent, l’installation d’un logiciel d’analyse permettant au client d’interagir avec lui, de suivre la consommation de tel ou tel équipement.

- Où en êtes-vous en termes d’effectifs ? Quelles sont vos ambitions en termes de développement ?

GC : Lemon Energy compte actuellement une vingtaine de personnes. Nous projetons d’atteindre la trentaine d’ici 2024 avec une prévision d’une quarantaine d’ici 2026.

- Quels profils et compétences recouvrent ces effectifs ?

GC : Actuellement, la moitié sont des ingénieurs, aux profils variés : chimiste, génie des procédés, spécialiste de thermodynamique, électricien, IA [Intelligence Artificielle] IT [Information Technology et en UX design pour améliorer l’ergonomie des interfaces de nos tableaux de bord. À quoi s’ajoutent des chargés de projets, des commerciaux, des responsables marketing produit, de gestion. Actuellement, nous renforçons notre R&D en recrutant des ingénieurs post doctorat – jusqu’à présent, chacun de nos ingénieurs consacrait une partie de son temps à la R&D.

- Et votre profil, quel est-il ?

GC : De formation, je suis ingénieur en gestion des systèmes productifs. Avant de créer Lemon Energy, j’ai travaillé dans le secteur automobile, chez Renault, en logistique ; je traitais déjà des questions d’optimisation de l’approvisionnement énergétique. En 2008, j’ai fait le choix d’une conversion professionnelle. J’ai fait un master spécialisé à CentraleSupélec sur les nouveaux marchés de l’énergie, qui formait à la fois aux métiers du marketing et du commerce et aux aspects techniques de l’énergie. Suite à quoi, en 2010, j’ai rejoint la direction marketing d’EDF où je suis resté quatre ans, puis j’ai rejoint un laboratoire de recherche du plateau de Saclay : l’institut Paris-Saclay Efficacité Énergétique (PS2E), qui a vocation de mutualiser les analyses de performance énergétique de sites industriels. Autant dire que cette expérience n’est pas étrangère à la création de mon entreprise. C’est d’ailleurs avec un de mes collègues de cet institut que je l’ai créée.

- CentraleSupélec, EDF, Institut PS2E… On peut donc dire que Lemon Energy est un « enfant » de l’écosystème Paris-Saclay, d’autant plus que vous êtes actuellement hébergés dans le Playground…

GC : Complètement ! J’ajoute qu’avant d’intégrer cet incubateur pépinière hôtel d’entreprise, nous avons démarré au sein de l’incubateur de CentraleSupélec… Je suis plus que jamais attaché à rester dans cet écosystème auquel nous sommes redevables, et parce que nous y retrouvons tous les grands acteurs du domaine, dans une relation de proximité : EDF Lab dont je peux d’ailleurs apercevoir le campus depuis nos bureaux ; Total Energies dont les équipes se trouvent à l’étage du dessus. Sans oublier tous ces établissements d’enseignement supérieur et de recherche situés à quelques centaines de mètres à la ronde dont l’école CentraleSupélec avec laquelle nous continuons à collaborer. Bref, c’est un environnement riche d’opportunités, stimulant et auquel nous sommes attachés.

- Dans quelle mesure, cette densité d’acteurs, y compris les industriels, vous incite-t-elle à appréhender les systèmes énergétiques au-delà des seuls sites de production, dans une logique d’écologie industrielle (laquelle, pour mémoire, consiste à mutualiser les flux – énergétiques et autres – circulant entre des sites et équipements implantés sur un même territoire) ? Autrement dit, à améliorer l’efficacité énergétique non plus seulement de sites industriels, mais d’un territoire ?

GC : L’écosystème de Paris-Saclay jouit d’un réel potentiel en matière d’énergie fatale. Ne serait-ce qu’en raison de la présence de data centers et de très gros calculateurs. Au sein de l’institut PS2E, nous avions déjà entrepris de valoriser le gisement de chaleur produite par les data centers du CNRS, par exemple. L’écosystème de Paris-Saclay dispose d’un atout indéniable : le réseau de chaleur et de froid, dont l’apport est plus que significatif dans le bilan énergétique du territoire. Récemment, nous avons étudié l’intérêt de raccorder le Synchrotron à ce réseau, c’est un projet rentable mais reste encore trop éloigné du réseau actuel. Une chose est sûre, ce réseau est encore loin d’avoir atteint son optimum. Il est parfaitement dimensionné pour faciliter l’intégration de chaleur fatale à grande échelle.

- Votre création remonte à avril 2018. On imagine que la crise énergétique que nous connaissons actuellement a suscité un intérêt pour votre approche…

GC : De fait, l’instabilité des prix de l’énergie née de ce contexte, ajoutée à la prise de conscience de la nécessité de renforcer notre souveraineté au plan énergétique, constituent autant d’arguments en faveur de notre approche. Il va sans dire que les industriels ont un intérêt majeur à optimiser leur consommation d’énergie. Ceux en particulier avec lesquels nous travaillons ont d’importants besoins en chaleur et/ou en froid.

- Un mot sur la ré-industrialisation et les relocalisations de sites productifs encouragées par les pouvoirs publics. Si cette double tendance peut susciter le scepticisme compte tenu des idées reçues relatives à la responsabilité de l’industrie dans les émissions de gaz à effet de serre, on peut aussi rappeler qu’elle est le lieu d’expérimentation de solutions à même de les réduire par l’amélioration de leur efficacité énergétique.

GC : En effet. Et votre question est l’occasion de rappeler la nécessité de disposer d’un tissu industriel suffisamment riche et dynamique pour, justement, y expérimenter des solutions innovantes en interaction avec les clients potentiels. Qu’on le veuille ou non, nous avons encore besoin d’usines sur notre sol ; nous ne pouvons prétendre tout faire produire à l’étranger, et pas seulement parce que ce n’est pas viable au regard du bilan carbone, mais aussi parce que des entreprises innovantes comme la nôtre ont besoin d’expérimenter, in situ, des solutions avec des clients, réaliser des études sur mesure.

Publié dans :

Sylvain Allemand
Sylvain Allemand

Journaliste

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