Rencontre avec Paul Marvier, fondateur de Zayl
Plus besoin de programmer à l’avance votre itinéraire en vue d’un covoiturage : avec son application Zayl, Paul Marvier vous propose de covoiturer en temps réel, sans avoir à modifier votre trajet. Pour l’heure, l’application est testée sur le plateau de Saclay, un territoire qu’il juge favorable compte tenu de ses problématiques de transport, mais aussi de la concentration d’usagers ayant de l’appétence pour l’innovation technologique : étudiants, entrepreneurs…
- Si vous deviez pour commencer pitcher Zayl ?
Paul Marvier : Zayl est une application de covoiturage flexible et instantané : elle connecte en temps réel les conducteurs déjà sur la route, avec des passagers se rendant dans la même direction. Plus besoin donc de planifier son trajet ni de faire un détour. La seule chose à faire est de lancer son GPS via l’application : pour le conducteur, c’est aussi simple que de lancer Google Map ou Waze, ou, pour le passager, de faire une recherche de VTC.
Concrètement, la personne qui souhaite covoiturer fait une demande en indiquant sa position et sa destination ; le logiciel recense les conducteurs présents dans les alentours qui peuvent le prendre en charge.
- Comment est fixé le prix de la course ?
P.M.: Il est fixé par le conducteur sachant qu’en France, on ne peut aller au-delà de 40 cents du km, sans quoi on rentre dans la catégorie VTC.
D’après le sondage que j’ai réalisé auprès de plus de 245 personnes, la moyenne théorique du prix au km devrait s’établir à 15 cents au km, soit pratiquement, pour une distance de 10 km, le prix d’un trajet en transport en commun (hors abonnement). À l’ouverture de son compte, le conducteur n’a qu’à paramétrer son prix au km, mais aussi le nombre maximum de détours qu’il consent à faire, etc.
- En vous écoutant, je ne peux m’empêcher, malgré le prix de la course, de songer à la pratique de l’auto-stop avec lequel vous semblez renouer, la souplesse en plus…
P.M.: En effet, Zayl renoue avec la souplesse de l’auto-stop. Pour autant, je ne pousserais pas trop loin l’analogie : outre la rémunération du conducteur – on ne peut plus légitime quand on y pense : il fait l’effort de s’arrêter pour prendre un passager qu’il ne connaît pas – Zayl apporte la sécurité aux deux : l’identité des personnes est authentifiée ; le conducteur et le passager peuvent laisser des commentaires ; des scores de confiance sont établis. Ainsi, la probabilité qu’un conducteur s’arrête est plus forte que si on devait attendre sur le bord de la route.
- Qu’est-ce qui vous a motivé à concevoir cette application ?
P.M.: Cette idée d’application m’est venue il y a trois ans. À force d’attendre aux arrêts de bus, je me suis demandé si je n’avais pas intérêt à me déplacer en voiture. Le véritable déclic est intervenu lors de mon stage de fin d’études : il avait lieu à Rueil Malmaison. Or, moi, j’habite à Toussus-le-Noble… Pour m’y rendre, je devais prendre un bus jusqu’à la gare de Versailles-Chantiers, avant de poursuivre mon parcours en RER. Mais le bus, en plus d’avoir des horaires incertains, faisaient de longs détours – comme cela arrive souvent dans les zones périurbaines. Je me suis donc résigné à acheter une moto, ce qui m’a permis de réduire la durée de mon trajet de 15 à 30 mn. Voyant toutes les voitures qui empruntaient le même itinéraire, je me suis dit qu’une application qui mettrait en contact conducteurs et passagers devrait rencontrer un certain succès. Zayl est née ainsi, en vue de réduire le temps perdu chaque jour par des milliers d’étudiants, de salariés et de jeunes actifs sur le Plateau de Saclay et dans les Yvelines.
- De quelles compétences vous êtes-vous entouré pour concevoir cette application ?
P.M.: Je l’ai conçue seul. Je me suis lancé à la fin des études d’ingénieur en informatique que j’ai poursuivies à l’UTC Compiègne. Spécialisé en traitement de données et en IA, je ne connaissais encore rien aux applications; J’ai donc tout appris sur le tas. C’est d’ailleurs ce que j’apprécie dans l’entrepreneuriat innovant : on en apprend tous les jours…
- Comment vous êtes-vous initié à l’entrepreneuriat innovant ?
P.M.: Je n’ai pas suivi de formation particulière jusqu’à ce que je rejoigne le Founder Institute – un accélérateur en ligne, qui forme des entrepreneurs en early stage, autrement dit au stade de l’idée : il m’accompagne dans l’élaboration de mon business plan, me permet de rencontrer des entrepreneurs à succès pour me faire challenger. C’est très stimulant. Je suis par ailleurs suivi par la Pépite Peips [Pôle de l’entrepreneuriat et de l’Innovation à Paris-Saclay] et étudiant de lIAE de Paris en cours du soir pour me former au management et à la gestion d’entreprise.
En fait, je n’ai jamais été seul. J’ai la chance de bénéficier du soutien de mes parents : mon père, cadre d’entreprise, m’a aidé à définir mon business model tandis que ma mère m’a fait profiter de ses compétences en marketing.
- Voilà qui méritait d’être précisé au risque sinon de renvoyer l’image peu crédible d’un entrepreneur qui innoverait seul dans son coin…
M.P.: Bien sûr, on n’entreprend jamais seul et on gagne toujours à entendre le point de vue d’autres personnes, à commencer par celui d’entrepreneurs expérimentés. J’ajoute que j’ai la chance d’être suivi depuis le début par Pierre Bienvenüe, coach en startup. Il trouve être un ami de mon père. L’entrepreneuriat innovant, c’est aussi cela : du réseau, des opportunités de rencontres utiles qu’il faut savoir saisir. Pierre m’a beaucoup aidé en m’initiant au Customer Discovery, une méthode d’identification d’un besoin et des solutions à imaginer pour y répondre. Un travail qui m’aura mobilisé pendant à peu près trois mois, le temps d’itérer, de comprendre, en me poser toutes les questions. C’est comme cela que j’ai acquis la conviction d’un réel besoin – du covoiturage en temps réel – et me suis donc lancé sans craindre de perdre un ou deux ans de ma vie à concevoir une solution qui ne serait pas vraiment utile.
- L’application est-elle déjà opérationnelle ?
P.M.: Oui, elle est déjà disponible sur Android et IOS. Etant basée sur le GPS, elle fonctionne déjà partout, sans contrainte géographique, que vous soyez en ville, en périphérie ou en zone rurale.
Il me reste cependant à atteindre une masse critique, ce qui implique des investissements. C’est pourquoi, je concentre pour l’instant mes efforts de communication sur le Plateau de Saclay, un territoire dynamique qui réunit des universités, de grandes écoles et des entreprises innovantes en plus d’englober des communes majeures comme Palaiseau, Orsay, Gif-sur-Yvette, Massy, Les Ulis, Versailles, Jouy-en-Josas et Guyancourt – les besoins de mobilité quotidienne sont particulièrement forts.
- Comme s’est imposé le choix de ce territoire ?
P.M.: D’abord, c’est un territoire que je connais bien pour vivre à Toussus-le-Noble, avoir été collégien à Buc, lycéen à Versailles – avant d’intégrer l’UTC Compiègne. Ensuite, les premiers utilisateurs de mon application sont a priori des étudiants et de jeunes travailleurs. Or, le plateau de Saclay, je l’ai dit, concentre de nombreuses grandes écoles et des universités ; de grandes entreprises, en plus d’être confronté à des problématiques de mobilité…
- Qui devraient s'atténuer avec l'arrivée de la ligne 18 du Grand Paris-Express. Cela étant dit, c'est bien la preuve qu’une application numérique se développe d’autant mieux qu’elle peut s’appuyer sur les opportunités d’un territoire concret…
P.M.: En effet, rien de tel pour bien comprendre le besoin réel des gens, quitte à partir d’une échelle locale. Le faire à celle du plateau de Saclay est motivant : beaucoup de gens y sont friands de nouvelles applications, ne demandent qu’à les tester.
- Votre solution paraît cependant si frappée au coin du bon sens qu’on se dit que d’autres y ont pensé avant vous…
P.M.: Pourquoi d’autres n’ont pas pensé à une solution se rapprochant de la mienne ? Je me pose encore la question. Il y a une dizaine d’années, elle était encore impossible à réaliser, faute d’application ouverte de type Waze, sur Android, et parce que les usagers de smartphone n’avaient pas encore pris l’habitude d’utiliser le GPS mobile – le GPS fixe était déjà en usage, mais on ne pouvait pas encore y implémenter des applications à l’intérieur.
Aujourd’hui, c’est possible et des solutions sont proposées. Parmi les plus innovantes, il y a celle de la start-up Ecov, présente elle aussi sur le plateau de Saclay : elle déploie des lignes de covoiturage dans des zones peu denses – des lignes définies à l’avance; jalonnées de stops clairement identifiés. Conducteurs et passagers n’ont pas d’autre choix que de suivre ces lignes. Cette solution a cependant l’avantage d’optimiser le covoitutage sur les flux les plus denses. La mienne a celui d’apporter un peu plus de souplesse.
- Comment envisagez-vous le développement de Zayl à l’international ? Comptez-vous recruter ?
P.M.: Oui, car mes compétences sont principalement techniques. Il me faudra donc m’entourer de compétences plus marketing et commerciales. Aujourd’hui l’application s’inscrit dans un business B to C, mais il y a probablement des solutions B to B à développer pour répondre aux besoins spécifiques d’entreprises ou de collectivités.
- Au fait, pourquoi Zayl ?
P.M.: D’abord, parce que c’est une application qui fait du zèle au sens où elle se met en quatre pour répondre à vos besoins de mobilité, vous trouver, selon le cas, un conducteur ou un passager. Ensuite, si je l’ai orthographié ainsi, c’est pour que ce soit prononçable dans d’autres langues. Car, oui, j’entends bien me projeter à l’international.
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