Rencontre avec Mélina Forsans-Viel, boxeuse thérapeute
Boxe et thérapie, voilà deux mots que nous n’avions pas l’habitude d’associer. C’est pourtant bien de la Boxe Thérapie que propose Mélina Forsans-Viel en intervenant aussi bien auprès de particuliers que dans des établissements. En veillant à travailler à chaque fois en bonne intelligence avec les professionnels de santé.
- Pour commencer, pouvez-vous expliquer ce que recouvre cette Boxe Thérapie que vous promouvez...
Mélina Forsans-Viel : De prime abord, c’est quelque chose qui peut faire peur !
- Pourtant, il y a bien le mot thérapie !
M. F.-V. : Oui, mais le premier mot que les gens retiennent, c’est boxe. Ils imaginent alors forcément quelque chose d’un peu violent… Or, la Boxe Thérapie, c’est tout sauf cela. Elle consiste à travailler surtout l’aspect psychologique de la personne, sur ses émotions, positives ou négatives, et jusqu’aux traumas qu’elle a pu subir dans sa vie. Pour ce faire, la boxe n’est envisagée que comme un outil. Le plus important, c’est d’instaurer un dialogue, dans un climat de confiance, avec la personne. Ce qui peut prendre un temps plus ou moins long selon à qui on a affaire. Rien que de plus normal : au début, on ne se connaît pas ; le client a encore souvent tout à découvrir de cette pratique thérapeutique ; on est amené à aborder des choses personnelles voire intimes, ce à quoi les gens ne consentent pas toujours spontanémeAu-delà de ce dialogue, le praticien dispose de toutes sortes techniques inspirées directement de la boxe, pour permettre à la personne de se défouler, reprendre confiance en elle, canaliser son énergie, sa colère, trouver sa place au sein d’un groupe, d’un collectif. C’est dire si la Boxe Thérapie touche à plusieurs aspects aussi bien physiques que psychologiques.
- Quels sont vos rapports avec les professionnels de la santé : les médecins, les psychothérapeutes, etc. ?
M. F.-V. : En tant que boxeuse thérapeute, je ne demande qu’à travailler avec eux, comme avec les éducateurs ou les encadrants, de faire équipe. Car, c’est tout simplement dans l’intérêt des personnes qui me consultent. Moi, seule, je ne peux prétendre tout savoir, disposer de tous les outils pour les « soigner », même si, dans mon cas, par soigner il faut entendre le fait de les aider à, comme je l’ai dit, surmonter un trauma, à reprendre confiance en elles. Des compétences, des savoirs sont requis qui vont au-delà de ce que je peux faire, de ce pour quoi j’ai été formée. Je ne suis ni médecin, ni psychologue, ni psychothérapeute de formation et ne peux donc prétendre me substituer à l’un ou l’autre de ces professionnels.
- Vous évoquez néanmoins une formation. En quoi a-t-elle consisté ?
M. F.-V. : J’ai effectivement suivi une formation : les enseignements étaient assurés par des chercheurs en neurosciences, des médecins, des infirmières, sans oublier bien sûr des boxeurs. Je me positionne aujourd’hui comme boxeuse thérapeute et rien d’autre, en ayant qu’une envie, comme je l’ai dit, travailler avec les professionnels de santé, y compris au sein d’un hôpital. Ce qui est déjà le cas : j’interviens dans l’un deux, auprès de personnes en rééducation, suite à un accident. Pour ce faire, je sollicite préalablement l’avis du médecin, pour bien évaluer la condition physique du ou de la patient.e. Même si j’ai une bonne connaissance du corps et de son fonctionnement, j’ai besoin de cet avis pour savoir ce qu’il est possible de faire et ce qui ne l’est pas. De même, je sollicite, le cas échéant, l’avis du psychologue et psychothérapeute. À l’issue de chacune de mes séances, je fais un rapport à ces différents interlocuteurs. Je ne conçois pas autrement les choses : collaborer avec eux. Cela rend d’ailleurs la pratique de la Boxe Thérapie d’autant plus passionnante.
- Qu'en est-il de la perception de la Boxe Thérapie par le milieu hospitalier ?
M. F.-V. : La Boxe Thérapie commence à se faire connaître dans le milieu hospitalier mais il me faut encore expliquer en quoi elle consiste en faisant la démarche d’aller à la rencontre des professionnels de santé plus que l’inverse. Nous en sommes encore au bouche-à-oreille : les personnes qui en ont entendu parler ou se sont renseignées en parle à leur médecin.
- La pratique de la Boxe Thérapie fait-elle l’objet d’une certification ? Ou quiconque peut se dire boxeur thérapeute ?
M. F.-V. : Non, bien sûr. Comme je l’ai dit, ce qui est en jeu est quand même la santé physique ou mentale de personnes. On ne peut donc s’improviser boxeur thérapeute. Pour le devenir, il faut préalablement soit faire partie du corps médical, soit être coach sportif. Ce qui rend d’ailleurs la formation intéressante. Ma promotion ne comptait que deux boxeurs, dont moi. Les dix autres étaient infirmiers, psychologues, médecins, aides-soignants. L’étude des cas concrets donnait lieu à des échanges d’autant plus enrichissants : tandis que nous, les boxeurs, apportions des éclairages la technicité – les gestes, la posture, etc. -; les autres nous éclairaient sur les aspects plus psychologiques. J’ai pu aussi mesurer à cette occasion combien, professionnel de la santé ou coach sportif, on partage une même rigueur professionnelle.
- Qu’est-ce qui vous a prédisposée à franchir le pas de la Boxe Thérapie ?
M. F.-V. : Avant la boxe, il y eut le taekwondo. Je m’y suis mise dès l’âge de sept ans en prenant exemple sur mon grand frère. Finalement, il y a renoncé pour se consacrer à la boxe. C’est comme ça que je m’y suis mise à mon tour. C’est devenue une passion au point d’avoir envie de la pratiquer à des fins thérapeutiques.
- Où exercez-vous ? Dans un cabinet ? Une salle de sport ?
M. F.-V. : Coach à mon propre compte, j’interviens à domicile principalement, aussi bien pour de la Boxe Thérapie que d’autres formes de coaching sportif, selon les besoins. Je peux intervenir aussi en salles de sport. Depuis la fin de l’année 2024, j’interviens également tous les week-ends dans auprès d’enfants de six à douze ans placés dans un foyer de l’ASE [ Aide sociale à l’enfance ]. Une expérience juste magnifique : j’ai affaire à un public qui a particulièrement besoin de se défouler – ces enfants peinent à gérer leurs émotions du fait, souvent, de traumas subis à leur plus jeune âge. Les échanges que j’ai avec eux sont juste incroyables. Mon objectif est d’intervenir dans d’autres foyers. J’aimerais aussi intervenir davantage dans les hôpitaux – un milieu qui m’est déjà familier, car mon père est ambulancier au SMUR [ Service Mobile d’Urgence et de Réanimation ] de Paris-Saclay. Je pourrais aussi le faire dans les maisons de retraite, car, contrairement à ce qu’on peut croire, la pratique de la Boxe Thérapie est parfaitement adaptée aux personnes âgées. Certaines me disent que le simple fait de mettre des gants de boxe leur fait du bien. Si rien que cela produit un effet positif, n’en privons pas ces personnes.
- Nous réalisons l’entretien au Lumen, au cœur de l’écosystème de Paris-Saclay. Avez-vous songé à intervenir auprès d’étudiants, de chercheurs, d’enseignants ?
M. F.-V. : [ Rire ]. Je n’avais pas pensé à ces personnes en particulier. Mais maintenant que vous le dites, je ne serais pas étonnée que la Boxe Thérapie puisse leur faire du bien à elles aussi. En réalité, je pourrais intervenir auprès de personnes de tout âge, de tout métier… Tout le monde a de temps en temps besoin de se défouler, sinon de décompresser, de raccorder la tête au corps.
- Au fait, qu’est-ce qui vous a conduite à associer la boxe à la thérapie ?
M. F-V. : En effet, la question peut se poser, car j’aurais pu tout aussi bien continuer à pratiquer ce sport sans y ajouter de visée thérapeutique. Le déclic s’est produit lors la crise sanitaire liée au Covid-19, en 2020, et aux confinements qu’elle a imposés. Les effets qu’ont eus ces derniers sur le mental des gens m’ont amenée à m’intéresser à la psychologie, aux neurosciences. Faute de pouvoir sortir de chez moi, en dehors des sorties autorisées, je me suis mise à suivre plein de conférences depuis mon ordinateur. Je me suis pris ainsi d’une autre passion, et tout naturellement, je me suis demandée pourquoi ne pas la combiner à la première, la boxe. D’autant plus que j’avais pu constater tout le bien qu’elle me procurait à moi sur le plan mental. Il y avait donc quelque chose à faire. C’est comme cela que j’en suis venue à la Boxe Thérapie.
- Vos études vous avaient-elles préparées à cette nouvelle orientation ?
M. F.-V. : Non, pas du tout, puisque j’avais fait un BTS tourisme [ Rire ]. Je me souviens de m’être dit que, quitte à travailler, autant que ce soit en me consacrant à mes passions. Par chance, j’ai découvert sur les réseaux sociaux l’existence d’une formation dans ce domaine de la Boxe Thérapie. Elle était très exactement faite pour moi. Je n’ai donc pas hésité une seconde.
- Vous avez donc opté pour cette discipline au point d’avoir renoncé à la compétition sportive ?
M. F.-V. : Jusqu’ici, je n’avais jamais fait de compétition en boxe, mais en taekwondo et encore, quand j’ai été petite. En fait, j’ai toujours préféré transmettre, apprendre, coacher plutôt que faire de la compétition. C’est ce qui motive encore cette orientation vers la Boxe Thérapie : cela reste une forme de coaching.
- Permettez-moi de me risquer à pointer un apparent paradoxe : vous pratiquez la boxe depuis longtemps, mais vous n’avez pas le physique de l’emploi, du moins celui qu’on peut imaginer...
M. F.-V. : Il ne faut pas se fier aux apparence [ rire ]. Cela étant dit, tant mieux si je n’évoque pas l’idée que vous vous faites d’une boxeuse. Cela me permet aussi de cultiver cette pratique comme un jardin secret. Qu’on ne sache pas deviner que je suis boxeuse la première fois qu’on me voie est plutôt fait pour me satisfaire. D’autant que je ne suis pas de nature à m’épancher sur ma vie personnelle !
- N’est-ce pas une bonne nouvelle pour toutes ces jeunes femmes qui appréhendent de pratiquer certains sports, craignant à tort que cela risque de modifier leur morphologie ?
M. F.-V. : Oui, c’en est une même si l’impact est variable d’une femme à l’autre, selon sa morphologie justement ou son état d’esprit. Si des femmes sont réticentes à voir leur apparence physique changer, d’autres, en revanche y consentent. Aux premières, j’ai envie de dire : ne vous arrêter pas à ce seul aspect des choses ; des sports apparemment réservés aux hommes peuvent procurer beaucoup de bienfaits aux femmes. C’est le cas de la boxe. Au-delà de cet aspect des choses, des femmes peuvent être dissuadées de pratiquer des sports parce qu’ils seraient associés à des environnements d’hommes. La boxe a pâti de cette autre image. Heureusement, la situation change : ce sport s’est ouvert aux femmes en leur donnant la possibilité de suivre, au choix, des cours mixtes ou qui leur sont réservés.
- Beaucoup de femmes se mettent à la boxe dans l’idée de pouvoir se défendre en cas d’agression. C’est à d’autres besoins que vous cherchez, vous, à répondre...
M. F.-V. : Complètement ! La boxe, je la conçois d’abord comme un moyen de reprendre confiance en soi, de se défouler, sans avoir à s’en prendre à quiconque.
- Au vu du plaisir que j’ai eu à faire cet entretien, je me demande s’il n’y aurait pas lieu de promouvoir le concept de Conversation Thérapie...
M. F.-V. : [ Rire ]. Le fait est, nous avons beaucoup ri ou souri au cours de cette conversation. Ce qui ne peut que faire du bien !
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