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Archéologie préventive et… durable sur le Plateau de Saclay.

Le 17 septembre 2012

La présence humaine sur le Plateau de Saclay est beaucoup plus ancienne qu’on ne le pense. Ce que confirment les fouilles archéologiques actuellement en cours sur la Zac du quartier de l’Ecole Polytechnique. Afin de mieux en valoriser les résultats, l’EPPS et l’Inrap ont conclu une convention. L’occasion aussi de mettre l’archéologie préventive à l’heure du développement durable.

En vertus de la loi du 17 janvier 2001, les projets d’aménagement ou de construction doivent être précédés de l’intervention d’archéologues sur les terrains concernés, pour la réalisation d’un diagnostic et, si nécessaire, de fouilles. Et ce, afin de sauvegarder les vestiges témoignant de la vie humaine.

Or, comme on le sait, de nombreux projets d’aménagement et de construction sont programmés sur le Plateau de Saclay, dans le cadre de l’opération Campus, notamment dans les Zac du quartier de l’Ecole Polytechnique et celui du Moulon. C’est autant de chantiers et donc d’interventions au titre de l’ « archéologie préventive ».

Pour les maîtres d’ouvrage, cette dernière fait naturellement craindre d’éventuels retards et surcoûts (ce sont eux qui prennent en charge le financement des fouilles). L’EPPS a voulu transformer ces apparentes contraintes et sources de tracas en opportunités : celles d’approfondir la connaissance du Plateau de Saclay, mais aussi de valoriser les résultats des fouilles. En novembre 2011, il signait avec l’Inrap, l’organisme spécialisé dans l’archéologie préventive, un accord original. Outre un partenariat dans la réalisation des diagnostics et des fouilles, il prévoit de valoriser les résultats des fouilles auprès des riverains et du grand public. A cette fin, l’EPPS et l’Inrap organiseront des points d’information, des conférences, voire des journées « portes ouvertes » sur les chantiers (sous réserve de leur sécurisation). Parallèlement, des restitutions seront entreprises avec le concours de partenaires culturels sous forme d’expositions-dossiers, d’expositions-bilan, la publication d’un ouvrage, etc.

Une présence humaine ancienne

L’Inrap n’a certes pas attendu cet accord pour intervenir sur le territoire et en valoriser des résultats. A ce jour, pas moins de 300 ha ont été diagnostiqués et 25 ha fouillés du côté de Palaiseau, de Saint-Aubin, de Gif-sur-Yvette et de Saclay et, depuis 2012, six fouilles ont été réalisées dont les résultats ont d’ores et déjà permis de bousculer des idées reçues.

L’occupation humaine sur le Plateau de Saclay, par exemple, est plus ancienne qu’on ne le pense. Les premières occupations repérées datent du Néolithique (vers 2500 avant notre ère). D’autres remontent à l’âge du Bronze (1400-800 avant notre ère). Les plus nombreuses appartiennent au second âge du Fer (475-50 avant notre ère).

Les fouilles des sites des Trois Mares (Palaiseau), de l’Orme-des-Merisiers (Saint-Aubin) et du Val-d’Albian (Saclay) font apparaître que le Plateau a été mis en valeur à grande échelle (relativement à l’époque), dès le début du IIe siècle avant notre ère : on y trouve la trace de nombreux domaines agricoles distants d’environ 300 m et de sites plus aristocratiques gaulois (au nord et au sud). « La culture du blé dur, au cours de l’âge de Fer, témoignage d’un haut degré d’innovation et de la recherche de compétitivité de ces domaines agricoles gaulois » peut-on lire sur le site de l’Inrap. « Innovation », « Compétitivité » : voilà des termes qui, au passage, suggèrent que l’ambition de l’EPPS de créer les conditions d’un cluster puise dans des origines millénaires !

Puis, suite à la conquête romaine, c’est au tour de village de s’implanter à l’emplacement des sites aristocratiques. La culture et l’élevage s’intensifient grâce aux techniques de drainage.

Ces découvertes remettent en cause une autre idée suivant laquelle le Plateau serait resté inculte. Au contraire, les domaines gallo-romains ont produit avoine, orge vêtue, blé, seigle et lentilles et même de la coriandre. Si l’activité agricole connaît manifestement un lent déclin à la fin de l’Antique (la forêt progresse durant la mérovingienne), des domaines agricoles y survivront.

L’archéologie à l’heure du DD

Le partenariat EPPS/Inrap est aussi l’occasion de mettre l’archéologie préventive à l’heure du développement durable. Et pas seulement parce que les fouilles ont un coût qui, pris en charge par le maître d’ouvrage, se répercute sur le prix des loyers des futurs bâtiments et donc sur le « porte-monnaie » des futurs acquéreurs.

Comme l’explique Jourdan El Guennouni (de la direction Aménagement de l’EPPS), par ailleurs diplômé de l’UTC et auteur d’un mémoire sur l’urbanisme durable, le diagnostic et les fouilles occasionnent des déplacements de matériaux importants : limon, argile… sans oublier la couche de terre végétale. C’est pour limiter l’impact environnemental de l’archéologie préventive que l’EPPS a confié au bureau d’études Sol Paysage (membre du groupement des maîtres d’œuvre), spécialisé dans l’agro-pédologie et l’ingénierie du paysage, le soin d’assurer une gestion environnementale des terres.  « Nous avons, précise Jourdan El Guennouni, formulé des recommandations de façon à ne pas mélanger les terres agricoles du reste, à ne pas les compacter afin qu’elles conservent leurs qualités. » Cette gestion a d’ores et déjà été appliquée pour les fouilles de Palaiseau.

Au-delà, il s’agit pour les diverses parties prenantes (Drac, Inrap, maîtres d’ouvrage) d’adopter une vision globale des sites. Et manifestement, les parties s’accordent. « Les archéologues, constate encore Jordan El Guennouni, ne demandent qu’à jouer le jeu en mettant en œuvre les recommandations. »

A ce jour, aucun retard n’est d’ailleurs à déplorer pour les projets de la Zac du quartier de l’Ecole Polytechnique. Mobilisant pas moins d’une quarantaine d’archéologues, les fouilles devraient se poursuivent jusqu’en fin d’année.

A suivre.

Archéologie préventive, mode d’emploi

Pour mémoire, l’archéologie préventive repose sur une procédure en quatre phases suivie par la Drac et son Service Régional de l’Archéologie (SRA). Première phase : l’analyse du projet du maître d’ouvrage. Si nécessaire, celui-ci prescrit un diagnostic de l’Inrap (qui en a le monopole), établi à partir de l’examen du terrain (2e phase). Selon les résultats du diagnostic, la Drac décide de la réalisation ou pas de fouilles. Le cas échéant, elle lance un appel d’offres à l’attention des archéologues en formulant des prescriptions dans un cahier des charges (3e phase). Les candidats rédigent un projet scientifique d’intervention (PSI) à faire valider auprès de la Drac qui délivre l’arrêté préfectoral d’autorisation de fouilles (4e phase). Ce n’est qu’une fois levées les prescriptions d’archéologie préventive que le maître d’ouvrage pourra lancer les travaux.

Sylvain Allemand
Sylvain Allemand

Journaliste

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